L'église et nous

Je fais partie de ces gens qui sont toujours allé à l’église. Enfant de chrétiens, petit-fils de chrétiens du côté de ma mère, je suis tombé dans la marmite évangélique quand j’étais tout petit. J’ai grandi dans une église plutôt traditionnelle. En fait, pour être précis, c’était une église évangélique plutôt traditionnelle qui se voulait ne pas l’être. Quand j’étais plus jeune, j’étais à certains moments amer sur ce point-là. Les réunions se passaient semaines après semaines de la même façon : 4 chants, une prière, 4 autres chants, ou cinq chants si le Saint-Esprit conduisait la réunion comme cela, le témoignage d’une sœur qui a reçu une réponse à la prière, la prédication… C’était tellement prévisible que pendant un temps, j’y allais sans avoir le cœur à y aller. Plus tard, j’ai compris que je ne pouvais pas me réfugier derrière les supposées faiblesses de l’église pour justifier ma tiédeur devant Dieu. Des faiblesses, il y en a sans doute. Mais c’est bien plus productif de chercher à corriger ses propres faiblesses que celles de l’église.

Toujours est-il que j’ai été pendant des années habitués à cet environnement d’église, sans me douter un instant que la foi des chrétiens pouvait s’exprimer de manière légèrement différente dans une autre église. Un jour, je suis parti en Angleterre avec ma famille. J’ai vite compris que les chrétiens là-bas étaient bizarres. Tout d’abord, ils parlaient anglais. Ensuite, ils buvaient du thé à la fin de chaque réunion. Mais ce n’était pas le pire. Un dimanche matin, alors que j’étais confortablement assis sur ma chaise et qu’on venait de chanter un cantique, le pasteur a invité les chrétiens à se saluer. Mes yeux d’enfants ont été traumatisés lorsqu’ils ont vu tous ces chrétiens se lever au beau milieu du culte et aller saluer d’autres chrétiens dans la salle. Je ne comprenais pas ce qui se passait : « Mais que font-ils ? Ils sont fous ces anglais ! » Des gens sont venus vers parents, sans doute pour leur demander s’ils étaient en vacances ici. Mon père a commencé à discuter avec eux, et en a profité pour présenter la famille : « Voilà ma femme, c’est la plus belle du monde… ». Toute la famille est passée en revue, y compris moi. Ceci ne s’est pas passé une fois, mais presque à chaque fois qu’on est allé visiter une église en Angleterre. J’avais une seule crainte, c’est qu’un chrétien vienne me dire bonjour et me tape la causette au milieu du culte. Je n’aurais pas su lui répondre. Au fil du temps, j’ai appris ce qu’il faut faire quand le pasteur invite les chrétiens à se saluer au milieu du culte, il faut se déplacer dans la salle comme le font les autres, sauf qu’on ne s’arrête jamais pour dire bonjour à quelqu’un. On continue simplement de se déplacer en allant d’un bout à l’autre ou entre les rangées de chaises et en espérant ne pas croiser le regard d’un anglais qui voudrait nous dire bonjour. S’il y a des toilettes, et il devrait y en avoir, c’est le moment idéal pour s’y éclipser. Toutefois, pas trop longtemps, pour ne pas avoir la mauvaise surprise de constater que le culte a repris alors qu’on était dans les toilettes ! A moment donné, quand tous les chrétiens ont fini de se saluer les uns les autres, on a une dernière crainte, c’est qu’il y ait quelqu’un qui se soit trompé de place et ait pris la nôtre. Lorsque finalement on se rassoit, on pousse un soupir de soulagement. L’épreuve est terminée… jusqu’à la prochaine fois.

J’ai vécu ces expériences difficiles dans les églises anglaises, mais je remarque une nouvelle chose tout aussi pénible qui tend à entrer dans les cultes évangéliques en France. Je vous explique comment ça se passe : le pasteur commence à prêcher et au milieu du sermon, il nous demande de parler à nos voisins. Par exemple, il prêche sur le fait que Jésus nous aime et que nous sommes beaux à ses yeux, et il dit comme cela : « Tournez-vous vers votre voisin, et dites-lui ‘Tu es beau ce matin’ ou ‘Tu es belle ce matin’. S’en suit un moment de panique intérieure indescriptible. Est-ce que je me tourne vers la mamie qui se trouve à ma droite et qui était sur le point de s’endormir il y a 2 minutes, ou est-ce que je me tourne vers le barbu à ma gauche qui a un tatouage sur le bras et qui vient dans une réunion pour la première fois ? L’une comme l’autre, j’ai vraiment du mal à les trouver agréables au regard, mais le pasteur insiste : « Allez-y frères et sœurs, tournez-vous vers votre voisin et dites ‘Tu es beau, mon frère...’ » Je ferme les yeux et prie pour l’enlèvement des saints. Je les rouvre, la mamie à ma droite et le malabar à ma gauche sont encore là. Les gens devant moi sont en train de se faire des compliments : ‘Tu es magnifique aujourd’hui. Tu es resplendissante’. Et moi, je ne sais toujours pas comment je vais m’en sortir. Le malabar a croisé ses bras, il a l’air aussi mal à l’aise que moi. La mamie se penche lentement vers moi : « Jeune homme, vous êtes plutôt beau garçon. » Devant l’inévitable, je me résous à lâcher le compliment : « Vous n’êtes pas mal non plus, Madame ! ». Je sens que mes joues sont toutes rouges. J’ai hâte que ce moment finisse et que le pasteur continue sa prédication. Le problème, c’est que certains chrétiens ont l’air d’y prendre goût et en redemande. Ils font du zèle, ils ne se contentent pas de leur voisin, mais vont dire à la moitié de l’assemblée qu’ils sont beaux. Quant à moi, je regrette les bons vieux sermons d’autrefois, ceux qu’il suffisait d’écouter. Est-ce que j’oserais écrire à mes lecteurs : ‘Dites à une personne à côté de vous qu’elle n’est pas aussi moche que vous pensiez.’ ? Non, je n’oserais pas.

Il en faut pour tout le monde… Certains reprochent à leur église d’être trop liturgique, d’autres pensent au contraire que leur église est trop « Alléluia ». Il y a toujours moyen d’améliorer les choses, mais ce qui est le plus important, n’est-ce pas notre disposition de cœur ?

Comment est-ce que notre foi se développe ? En allant à l’église, oui ! En passant du temps seul avec Dieu, certainement ! Si on ne compte que sur les réunions d’église pour développer notre foi personnelle et qu’on ne prend pas de temps seul avec Dieu, alors on va trouver inévitablement que l’église ne remplit pas son rôle. L’église sera trop ceci ou pas assez cela, mais ce n’est pas en changeant l’église qu’on change notre cœur. C’est en changeant notre cœur que l’on peut espérer être une bénédiction pour l’église


Par Phil