C'était un jour de mars au parc Maisonneuve. L'après-midi était belle, mais une chose m'étonnait : ce parc, habituellement noir de monde en fin de semaine, était complètement vide. Seuls quelques corbeaux croassaient à l'hiver finissant. Je connaissais par cœur le sentier, je l'avais emprunté des dizaines de fois par tous les temps : à pied sous le soleil plombé d'été, en vélo sous les frais feuillages d'automne, en hiver, à ski ou en patins, avec le bout du nez gelé : j'étais bien sûre de moi.
Pendant les premiers mètres tout allait bien, je distinguais l'asphalte sous la neige fondante. Nous avions nos bottes, et la ballade pouvait continuer. En arrivant dans le sous-bois, les choses se sont gâtées. La gadoue était de plus en plus profonde et mes signaux d'alerte se sont mis au rouge. Je me suis retournée pour dire aux filles de rebrousser chemin, mais c'était trop tard : ne distinguant plus le tracé du chemin d'asphalte, ma petite s'était écartée et elle s'enfonçait. Les deux grandes, charitables comme des ados peuvent l'être, riaient aux éclats, et les rires ont redoublé quand c'est maman qui s'est retrouvée dans la gadoue jusqu'aux genoux en voulant porter secours à la petite. C'était « ben l'fun », cette promenade !
Je commençais à ne plus rire du tout. Nos bottes se remplissaient de boue glacée. Ma petite était complètement prise en ventouse au fond de son trou. J'étais trop lourde, et à chacune de mes tentatives de mouvement, j'enfonçais de plus en plus dans cette épouvantable raspoutitsa. C'est finalement à plat ventre dans la neige fondante que j'ai réussi à extirper la petite de son trou gluant. Nous étions complètement trempées. Nous avons rampé jusqu'au chemin, et terminé notre route en chaussettes jusqu'à l'auto. Il avait suffi de s'écarter de quelques pas du chemin tracé, pour nous retrouver dans un véritable cauchemar.
On peut se lancer avec beaucoup d'assurance sur un sentier connu. On peut se donner le loisir de s'écarter des dizaines de fois du chemin sans conséquence. On s'écarte, puis on revient, on s'écarte puis on revient, on demande pardon, et on recommence. Sauf qu'un jour, le sentier sera peut-être le même, mais la saison aura changé. On s'écartera, mais cette fois-ci, sans pouvoir revenir, et on enfoncera. Demeurons fidèles à la route juste et droite que Dieu a fixée pour nous. On ne joue pas avec ça. Si vous vous êtes écartées, revenez vite, avant d'enfoncer!
Seigneur tes voies sont justes et tes sentiers parfaits montre-nous la voie à suivre, et garde-nous de nous en écarter...









