Si je me rappelle bien, la mousse pousse sur le coté nord d'un arbre, non ? Et le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest. Ces réalités, fruits de ma jeune scolarité, ne me servent à rien : c'est bien connu que mon sens d'orientation est, disons… NUL ! Ma réputation est ainsi faite.
Notre petit village provençal se trouvait à une heure de route de Marseille, et après huit années de résidence, je n'avais jamais osé y aller toute seule. L'idée me terrorisait, avec ces extra-terrestres au volant qui klaxonnaient pour un rien et qui fonçaient à tout allure dans les ronds- points. Ma famille avait toujours besoin de moi et je ne me sentais pas encore prête à rejoindre le Seigneur !
Hélas, un jour, j'ai eu une décision à prendre à ce sujet. Notre fille devait se rendre à un camp d'été dans le Massif Central et nous avions décidé qu'elle pouvait y aller toute seule. Elle insistait pour partir de Marseille afin d'arriver convenablement et pas trop tard. Le voyage était assez long car elle devait s'arrêter à Valence et prendre une correspondance en autocar pour les cent derniers kilomètres. Je préférais mille fois qu'elle parte de Toulon, mais c'était plus compliqué pour elle. J'avoue que je ne voulais pas - mais alors pas du tout - aller à Marseille, et j'étais un peu vexée par cette insistance que je considérais comme un manque flagrant de respect envers mes limites.
Notre fille est raisonnable (ça doit venir de son père) et, en général, elle n'était pas portée à faire des caprices. Il n'y avait pas de raison vraiment valable de ne pas tenter l'aventure. Alors j'ai cédé, mais en posant certaines conditions : il fallait que nous partions bien avant l'heure de pointe et que mon mari me fasse un plan plus que précis !
Le jour "J", nous sommes parties à 4h du matin pour nous retrouver sur le quai de la Gare St Charles à 5h15. Déjà, ce n'était pas trop mal. Nous étions en train de vérifier les consignes pour sa correspondance à Valence quand, soudain, une jeune fille s'approcha de nous et demanda si nous allions à ce camp d'été. "Oui, oui, et toi ?" Et les deux filles sont montées dans le train. Je les ai regardées partir avec ce petit pincement de cœur qui nous caractérise, nous les mamans, quel que soit l'âge de nos enfants et j'ai vite retrouvé ma voiture pour, justement, éviter l'heure de pointe. J'étais fière de moi (j'avais beaucoup prié) et, une fois en route, le soleil a commencé à se lever devant moi. "Ah, mon village est à l'est de Marseille", ai-je noté avec un brin d'humour.
J'aimerais bien terminer ce partage avec une petite réflexion sur comment nos peurs peuvent nous empêcher d'aller plus loin dans la vie et nous limitent dans les projets de Dieu pour nous. En effet, l'histoire ne se termine pas là et je vous laisse tirer vos propres conclusions…
Nous avons aimé retrouver notre fille à son retour de camp d'été : elle nous régalait toujours avec ses histoires de nuits à la belle étoile, les sketches, les témoignages si émouvants, et les conversions touchantes de certaines copines de camp. Cette fois-là était vraiment spéciale. Nous apprîmes que la fameuse jeune fille qui nous interpela sur le quai de la gare de Marseille avait l'intention originale de descendre du train au prochain arrêt : elle n'avait aucune intention d'aller au camp et s'apprêtait à faire une fugue ! Mais son plan était devenu difficile à mettre en œuvre à cause de la présence de notre fille.
Durant le camp, cette fille donna son cœur au Seigneur et - plusieurs années plus tard - elle se retrouva avec notre fille comme monitrice dans un camp d'été !
Et si, finalement, je n'étais pas allée à Marseille ?
Love,
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