Elle venait d'intégrer son appartement à Montpellier. Je m'en souviens comme si c'était hier, je l'avais accompagnée en voiture. Le trajet s'était déroulé vite, tout à fait agréablement, nous avions parlé, échangé joyeusement, les projets fusaient, la vie était devant elle, devant nous, une nouvelle vie, pleine d'espoirs, de nouveautés, de rencontres, de découvertes. C'était comme quand on ouvre sa fenêtre un matin de printemps avec un grand soleil pour le faire entrer dans la chambre, et qu'on lève les bras en criant de joie et en piaffant d'impatience de sortir courir. Nous avons ri, nous avons bu un verre et puis je l'ai laissé là, fermant la porte..... sur un gros baiser.... La gorge un peu nouée, je suis rentré en voiture à la maison, j'ai mis la musique un peu fort pour m'occuper la tête, surtout je crois pour occuper l'espace, la sensation, l'impression, la réalité du vide qu'elle me laissait.
Tu avais ...18 ans ma chérie, tu rentrais à la Fac et c'était la rentrée.
Arrivé à la maison, je m'en souviens comme si c'était hier, je suis d'abord allé embrasser tes frères et sœur qui dormaient et puis je suis monté dans ta chambre et j'ai refermé tout tout doucement la porte, doucement pour ne pas que tu t'envoles. Tes odeurs étaient encore là et j'ai pleuré un peu....
Un à un, chacun à son tour, tes frères sont partis, un jour de rentrée et la même bouffée est venue s'installer en moi, prégnante, absorbante, dans une sensation à la fois d'oppression douloureuse et à la fois de joie, d'envie d'un oisillon qui prend son premier envol. Dans un curieux dédoublement de ma personnalité, j'ai vécu alors le fulgurant chagrin du père et l'immense plaisir de la liberté de l'enfant qui part.
Ne t'ai-je jamais parlé de tout cela ? Je ne t'ai pas raconté mes pleurs et mes rires ? Je ne t'ai pas dit combien nous étions semblables toi et moi ? Semblables en ce sens que nous ressentions les mêmes choses !
Ne t'ai-je jamais dit comment et pourquoi septembre était un mois aussi important ?, Pour moi, pour toi, pour nous ?
La rentrée c'est les baisers.
Baisers à l'enfant de la maternelle pour le consoler, baisers à l'étudiant pour le bonheur à venir, baisers-plaisirs de retrouver sa maison après les vacances, baisers-pardons-promesses à ma femme pour une nouvelle année autrement, baisers-remerciements-bénédiction à mon Dieu présent, toujours là, qui m'accueille comme je suis, qui me prend là où je suis, qui m'aime tel que je suis parce que je suis l'unique. Un Dieu qui pose sa main sur toi, toi mon enfant, un Dieu qui te prend la main pour t'accompagner, un Dieu qui te porte en laissant une seule trace sur le sable, sa trace avec toi sur son dos.
Pourrais-je imaginer une vie sans rentrée ?
Le bonheur de septembre, les baisers de septembre, oui je les veux et j'ai envie de le vivre avec toi mon Dieu.
Grâce te soit rendue.
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