Je voulais vous dire….
Quand je mets mon ordinateur en route et que je mets en sourdine la musique, en mode aléatoire et automatique, doucement….tantôt il m'est donné d'écouter le concerto de l'Empereur du philarmonique, tantôt Julien clerc, et maintenant M, " je dis Aime ", " à celle qui dure "…. Souvenirs, souvenirs de temps éprouvants, temps subis, imposé à 50 ans….
Chacun sait ici qu'il m'est donné de pouvoir m'exprimer par écrit et que je le fais volontiers, parfois inspiré, toujours dans la pauvreté, l'humilité, tête baissée de l'âme en quête de vérité….
Il y a un an, le 5 juillet dernier, nous étions réunis pour cette même fête et je me souviens d'avoir tenu la main de Brigitte en saluant notre ami Dédé, son mari, notre ami, rappelé à Dieu 2 ans avant. Etait-ce mon tour ? Mon moment ?
Le 5 juillet dernier, à notre barbecue, je sortais de ma première semaine de traitement chimio. J'étais encore probablement en relative forme, je souriais, j'avais tous mes cheveux, mes muscles et mon corps m'appartenaient et répondaient encore correctement aux sollicitations de mon cerveau, j'étais debout et je me souviens très bien de l'avoir été volontairement, debout, toute la soirée, signe précurseur peut-être de ne pas pouvoir le rester toujours…..mais le vouloir, oui, sûrement !
Le diagnostic vital était engagé, ils me l'ont dit plus tard.
Mais j'ai toujours été un homme engagé et le propre de l'engagement est de bouger, n'est-ce pas ?, avancer, marcher, résolument déterminé, jamais seul, toujours Dieu à tes côtés, la prière des frères en offrande.
Je voulais vous remercier infiniment et vous dire que cette prière, votre prière, votre pensée pour moi, fugitive, furtive parfois, le poing serré de l'inacceptable, la main donnée, le regard humide du partage, a formé pour moi un nuage, mon nuage, mon ballon blanc, ouaté qui m'a porté.. Le sentez-vous ? Le nuage sur lequel j'ai pu me reposer, pleurer dans mes souffrances, crier l'indicible, tenir… grâce à vos mains levées, en reconnaissance. Car la souffrance ne peut se donner, ne peut se partager, ne se laisse pas raconter, elle est cruelle, jamais méritée. Ainsi lorsque souvent j'entends parler des gens de la souffrance sans l'avoir traversée dans leur corps, j'aimerais qu'ils puissent se taire, la douleur, la solitude de la souffrance sont uniques, inénarrables….brûlure d'un feu dévorant aux traces imprégnées, insupportables, d'une injustice révoltante.
Votre nuage, celui que vous m'avez créé pour me reposer, pour me porter, pour me consoler, est toujours là, je le sens, je le touche, je m'y couche le soir. Recroquevillé comme un enfant, je l'avoue, je m'y love toujours…. Ma tumeur toujours présente, mon Dieu souriant, vous mes amis me portant, nous nous endormons ensemble chaque soir. Merci.
C'est Pâques pour moi ce soir ! La résurrection…Donne-moi ta main mon ami. Tu te souviens, n'est-ce pas, des épreuves de cette année ? Du dernier été meurtrier, de mon regard absent au retour de ces semaines passées en chimio. Je me souviens du regard de mes enfants et de mes frères en me voyant…je les lisais comme dans un miroir.
Vive la vie ce soir !! Venez ! Parlez-moi ! J'ai plein de projets pour demain !
Je veux vous dire la vie, donnez-moi votre main, sentez le bonheur couler en nos corps, pensez à ce que nous ferons demain, car demain nous a été donné, et Dieu ce soir, je veux remercier…
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