Les rivalités, dans une fratrie, sont souvent déconcertantes pour les parents. C'est pourquoi nous vous proposons cette semaine un dossier sous forme de questions et de réponses qui vous donnerons quelques pistes sur ce sujet.
1) Comment naît la rivalité fraternelle ?
- Les frères et sœurs naissent dans le même noyau familial, sont issus des mêmes souches génétiques, mais arrivent à des moments différents dans l'histoire du couple de leurs parents.
- Tous les individus seront dotés, à leurs naissances, de capacités, de dons, de faiblesses et de caractères différents. La manière dont ils seront valorisés et encouragés, ou au contraire, repris et sanctionnés dans l'exercice de leurs dons et faiblesses, va créer soit une harmonie fraternelle, avec des liens forts d'amour et de dépendance, soit une rivalité engendrant querelles et jalousies qui débouchent sur des sentiments négatifs de colère et de frustration.
- La fratrie est la première société où se développe l'enfant. Il y trouve ses premiers spectateurs, interlocuteurs (passifs ou non), et ses premières limites aussi. La fratrie stoppe net l'individualisme.
- L'environnement dans lequel évoluent les enfants et l'exercice de la tutelle des parents, enseignants ou responsables, vont introduire au sein de la fratrie les éléments perturbateurs de l'harmonie fraternelle.
Tous les ingrédients mélangés aboutissent, à un moment donné, à une nécessité de s'individualiser, de se faire reconnaître quelque soit sa position dans la fratrie : naissent alors des rivalités que l'on retrouve dans la société en général.
2) Quelle leçon pouvons-nous tirer de l'histoire de Cain et Abel, les deux premiers frères de l'humanité ?
Caïn tua Abel dans un accès de colère et de jalousie, parce que Dieu n'a pas agréé son offrande, comme celle de son frère. On assiste à la première rivalité fraternelle, née de la différence faite par Dieu entre les deux frères sur leur manière de l'honorer. Dieu avait invité Caïn à changer d'attitude parce qu'il était « irrité » du choix de Dieu. Mais celui-ci préféra rester sur sa position, se sentant lésé et déprécié par rapport à son frère. Ils sont différents: l'un est berger (et offrira les premiers-nés de son troupeau) tandis que l'autre est agriculteur (et offre des produits agricoles). Ils ont la même valeur aux yeux de Dieu, mais Caïn va ressentir le choix de Dieu comme injuste et frustrant. De la frustration et la colère naîtra un comportement impulsif et excessif qui le conduira au meurtre…
On peut alors se demander quelles responsabilités ont les parents, tuteurs, et enseignants sur l'évolution du caractère et des sentiments d'un enfant dans sa fratrie, tant par leurs paroles, leurs actes ou leurs attitudes envers des enfants élevés ensemble.
3) Est-ce que le sentiment de rivalité est plus fort entre enfants de même sexe ?
Sans doute, puisqu'il est plus naturel pour un garçon de s'identifier à un autre garçon, et une fille de s'identifier à une autre fille. Mais si la rivalité porte sur des dons, des attitudes ou des capacités qui font abstraction du sexe, il est fort possible que l'enfant ne fasse pas de différence frère/sœur.
4) Y a-t-il des attitudes parentales, conscientes ou inconscientes, qui intensifient cette rivalité ?
Inconsciemment, c'est certainement fréquent ! Le fait de comparer sans cesse le petit frère au grand frère ou à la grande sœur qui était plus sage, plus doué à l'école ou excellent en sport, en musique ou tout autre domaine, ne peut qu'attiser une rivalité installée ou sous-jacente. Cette comparaison peut intensifier un sentiment de culpabilité, ou de dévalorisation et de mésestime de soi, et entretenir une frustration de l'enfant de ne pas être à la hauteur de ce que ses parents attendent de lui.
Par ailleurs, en-dehors de toute comparaison, l'attention, les remarques et les encouragements qui ne sont pas distribués de façon équitable entre les enfants de la fratrie, risquent également d'entretenir une jalousie entre les enfants à l'égard de celui vu comme le chouchou toujours adulé, encouragé et félicité. Et moi alors ?
Certains parents affichent leur préférence envers l'un ou l'autre de leurs enfants. Que ce soit conscient ou non, les enfants qui le ressentent ne peuvent pas le comprendre, ni l'accepter. Et s'ils semblent le faire, ou l'ignorer, cela ressurgit un jour du passé lors d'un événement qui va leur rappeler ce triste constat. C'est donc aux parents de veiller à l'équilibre de leurs sentiments envers leurs enfants, et de déceler une éventuelle rivalité née de leur maladresse… au quel cas, il convient de réajuster leur attitude.
5) Est-on condamné à être le rival de son frère ou de sa sœur toute sa vie ? Comment en sortir ?
Le rôle des adultes est important pour aider un enfant à dépasser ce stade de rivalité, ou tout au moins de l'intégrer comme un élément naturel de son histoire personnelle. Des mots auront été mis sur son ressenti, des solutions apportées, des explications données. L'enfant jaloux de son frère ou de sa sœur ne naît pas jaloux : il le devient.
Comprendre ce qui motive son attitude est essentiel pour l'aider à dépasser ce stade négatif qui l'empoisonne. En grandissant, les querelles d'enfants peuvent s'estomper si les parents ont veillé à valoriser celui qui se sent inférieur, et ont impliqué perceptiblement l'autre protagoniste dans cette démarche.
6) Quelles démarches entreprendre concrètement ?
Il faut se faire aider si on n'y arrive pas, ou si l'enfant ne peut pas se détacher de cette comparaison maladive avec sa fratrie. Des solutions concrètes :
- Suivre une thérapie médicale,
- Rechercher une aide spirituelle avec des conseillers et éducateurs formés pour aider l'enfant, ou l'adulte (s'il sait que son problème remonte à une jalousie fraternelle) afin d'en finir avec ce stade de frustration et de rivalité qui peut pourrir les autres relations et le comportement, perturber l'équilibre émotionnel de la personne concernée.
Lorsqu'on est plus mature et que l'on comprend être victime du " syndrome de la rivalité fraternelle ", une discussion franche et sincère peut aider les deux parties à se rapprocher et se comprendre (le ressenti de l'un peut être complètement ignoré ou mal interprété par l'autre). L'aide d'un médiateur professionne,l ou tout simplement amical, peut aider les deux parties dans leur démarche.
Bien souvent, une découverte spirituelle plus approfondie et un cheminement de guérison intérieure passant par le pardon des non-dits (ou des trop-dits), permettra aux deux personnages impliqués d'enrayer définitivement la querelle née fort longtemps auparavant.
7) Si la rivalité est le fruit de l'attitude d'un parent, qui favorisait un des enfants, et que ce parent est décédé, la situation peut-elle quand même se régler ?
Oui, en mettant des mots sur le ressenti des uns et des autres, en aidant l'enfant victime, tout comme celui qui était dominateur, à comprendre que leur attitude a été influencée par un comportement maladroit, tout en veillant à ne pas déprécier l'image du disparu (qui peut avoir des circonstances atténuantes, légitimes ou non, de par son passé, son propre vécu, ou sa fragilité et ses blessures).
L'aide d'un thérapeute, pédopsychiatre, psychologue ou conseiller familial peut être précieuse pour aider les enfants à intégrer et dépasser une injustice d'adulte et les conduire à pardonner s'ils peuvent comprendre et faire la démarche (source d'un réel bénéfice pour leurs relations futures et leur propre attitude envers leurs enfants à naître).
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