Regard d'une chrétienne, artisan de Madagascar, sur la crise économique
Daniel Hillion - S.E.L.  |  Lu 679 fois
       
 
Comment la crise économique est-elle vécue au Sud ?
Difficile de généraliser !
D’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, les situations diffèrent.

Nous vous proposons le regard d’une chrétienne de Madagascar, Arlive R., responsable d’une structure de commerce équitable partenaire d’Artisanat SEL, ainsi que d’un projet d’aide alimentaire « Ticket-Repas » avec le S.E.L.

Comme vous le constaterez à la lecture de ses réponses, la crise économique se mêle à d’autres problèmes. Arlive nous invite à « voir équitable » en période de crise.



Daniel H. : Vous travaillez dans le domaine du commerce équitable à Madagascar : ressentez-vous les effets de la crise économique mondiale dans votre activité ?

Arlive R. : Oui, la crise économique que traverse le monde affecte énormément le Sud. Nous la ressentons dans notre activité de commerce équitable car le Nord ne passe presque plus de commandes, voire plus du tout pour certains acheteurs.
Cela dure depuis à peu près deux ans et a entraîné la réduction de l’exportation qui représente environ 70% de nos revenus annuels. Nous n’avons pu enregistrer que 20% de notre chiffre d’affaire annuel : nous n’avons donc pas pu passer certaines commandes aux artisans qui sont devenus sans emploi. Nous n’avons presque plus de travail à donner à 90% des ateliers partenaires.

Madagascar connaît d’autre part une crise économico-politique depuis mars 2009 qui a réduit presque à néant les 30% restant de notre chiffre d’affaire qui se faisaient sur le marché local.
On note une diminution de l’arrivée des touristes qui sont les premiers acheteurs des produits artisanaux malgaches.
Quant aux Malgaches eux-mêmes, ils préfèrent acheter les produits asiatiques qui inondent le marché suite aux accords gouvernementaux établis avant la crise. Ces produits sont à bas prix et détaxés et nos produits locaux n’arrivent pas à les concurrencer.

DH : Plus globalement : de quelle manière estimez-vous que la crise économique affecte votre pays ?

Arlive : Si on remet en perspective la crise économique à Madagascar, il faut se souvenir que nous traversons aussi une crise politique. Les deux se conjuguent et la crise politique malgache augmente encore plus les problèmes.

DH : Comment envisagez-vous l’avenir ?

Arlive : Pour notre organisation, c’est encore assez difficile, vu que le marché local ne s’ouvre pas encore de même que le marché international.
Mais une lueur d’espoir renaît en nous sur le plan international, parce qu’on nous a demandé des échantillons, ce qui sous-entend une probabilité de commande.
Si on regarde plus globalement à Madagascar, nous ne sommes pas sortis du tunnel. Même si la crise politique se termine aujourd’hui, je ne pense pas que l’on pourra remonter la pente avant dix ou quinze ans.

DH : Avez-vous un message à transmettre aux chrétiens en France en cette période de crise ?

Arlive : Je voudrais inviter les chrétiens français à consommer équitable et à aider les projets des organisations chrétiennes françaises. Pour nous c’est vraiment une issue pour sortir de la misère.
Il faudrait que les Européens pensent que si eux ont du mal à traverser la crise, c’est encore pire dans le Sud.
Peut-être que vous essayez de réduire les dépenses et de vous serrer la ceinture, de voir le moins cher : pourtant il vaut mieux voir équitable.

Créé en 2004, l’organisation Sahaza regroupe 30 ateliers autour de la capitale, Antananarivo. Chaque atelier est spécialisé dans le travail d’une matière première : rabane, bois de palissandre, corne, métal recyclé, pierres.

Vous pouvez trouver plus de détails sur l’organisation Sahaza sur le site d'artisanat sel.


(Article paru dans « Pour la vérité », journal des églises évangéliques libres)

 

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