Tendre la main... et élever nos voix
Thierry Seewald - Défi Michée  |  8 commentaires  |  Lu 3206 fois
       
 
Chacun connaît la célèbre parabole du bon Samaritain (Luc 10). Le pasteur Louis Schweitzer, constatant que « des milliers de chrétiens de toute confession ont, à la suite du samaritain de la parabole, soigné, nourri, servi leur prochain », mais que « cela relevait généralement de l’action sociale plus que de l’engagement politique », imagine une suite à cette parabole :
« Quelques jours plus tard, sur la même route, un autre voyageur était agressé et laissé pour mort. Et il n’avait peut-être pas eu la chance d’être sur le passage d’un bon samaritain. Puis, jour après jour, des dizaines d’agressions eurent lieu toujours sur cette même route.
Comment pourrions-nous être le bon samaritain de chacune de ces victimes ?
On peut imaginer installer des postes de soin et des patrouilles de bons samaritains pour ramasser les blessés. Mais ne serait-il pas également utile de réfléchir ensemble pour savoir comment il serait possible de rendre cette route plus sûre ?
Nous entrerons alors dans une dimension plus vaste. Nous passerons de l’acte d’amour individuel à l’action sociale, voire politique. La motivation profonde sera exactement la même, mais elle se traduira différemment : s'efforcer de prévenir le problème plutôt que de simplement soigner les plaies des voyageurs agressés.
On passe d’un rapport direct avec le problème concret à un rapport un peu plus lointain, mais le fondement, l’orientation, l’exigence essentielle sont bien les mêmes. Donner à manger à celui qui a faim est bien. Mais lutter contre les causes de la misère l’est aussi. Les deux sont utiles mais l’un ne peut remplacer l’autre si l’amour se veut concret.
Il faut s’engager pour défendre la justice, mais corriger les structures d’injustice qui font le malheur des hommes suppose une vision plus large du fonctionnement de nos sociétés.
Cela me rappelle une phrase de dom Helder Camara qui fut archevêque au Brésil. Il disait : «Quand je soulage la faim des pauvres, on dit que je suis un saint. Quand je demande pourquoi ils ont faim, on m’accuse d’être communiste ! » C’est que l’action peut parfois nous paraître suspecte et surtout aujourd’hui, où le politique a si mauvaise presse et où nous sommes devenus si sceptiques devant toute action collective »
(citation de Louis Schweitzer)

La Bible nous dit que la pauvreté a de multiples causes : catastrophes climatiques, épreuve voulue ou permise par Dieu, paresse... Pour certaines formes de pauvreté, ouvrir sa main suffit. Mais il y a aujourd'hui une extrême pauvreté qui dépend d'un certain nombre de lois internationales et du fonctionnement du commerce mondial. Pour abolir celle-ci, il faut faire entendre sa voix.

Lorsque des lois sont injustes, il est du ressort des gouvernants d'y remédier. Dans la Bible, c'est le roi qui doit interdire et condamner les pratiques abusives. Cela revient à défendre les droits des malheureux et des pauvres (Proverbe 31), à délivrer celui que l’on exploite de l’oppresseur (Jérémie 22), à libérer le faible et le pauvre, à les arracher de la main des méchants (Psaume 82).

Les prophètes (notamment Amos 2.6-7 ; 5.7, 10-12) reconnaissent ces causes structurelles lorsqu'ils parlent à Israël, en tant que nation, pour critiquer l'attitude envers les pauvres, le détournement des lois, les règles injustes. Lorsque les balances sont faussées, l'action individuelle motivée par la compassion ne suffit pas. Il faut un changement structurel que seul le roi peut effectuer, et c'est à lui qu'il faut en appeler. Et dans ces textes, ce sont des croyants qui les interpellent.

Ce rôle du roi est confirmé par Salomon au Psaume 72.1-5 :

« De Salomon: Ô Dieu, donne tes jugements au roi et ta justice au fils du roi ! Il jugera ton peuple avec justice et tes malheureux selon le droit. Les montagnes porteront la paix pour le peuple, et les collines aussi par la justice. Il fera droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les fils du pauvre, et Il écrasera l’oppresseur. On te craindra, tant que subsistera le soleil, tant que paraîtra la lune, de génération en génération.»


Et la soumission aux autorités ?

Interpeller les autorités, n’est-ce pas transgresser l’injonction de Dieu qui nous demande d’être soumis aux autorités (Romains 13) ? Non, car nous n’outrepassons pas les limites mises en place par ces autorités concernant la liberté d’expression dans une démocratie. Si le pluralisme et le relativisme de notre société permettent à chacun d’avoir et d’exprimer un avis, la démocratie s’attend à ce que les citoyens le fassent.

Or, les chrétiens sont dans le monde (même s’ils ne sont pas « du monde », cf. Jean 17.14) et participent à son fonctionnement. Ils ont le droit, voire le devoir (attendu par les autorités auxquelles nous devons nous soumettre) de faire entendre leur voix. Car cette possibilité de faire entendre notre voix, notamment par le vote, que l’on considère aujourd’hui comme un droit, nos prédécesseurs chrétiens l’ont souvent perçue comme un devoir. Ainsi l'on pourrait même dire que ne pas faire entendre notre voix est contrevenir à nos devoirs dans la société.



Qu'en pensent les gouvernants ?

Est-ce aller au-delà du mandat de l’Église dans un état laïc ? Une ministre, Christine Boutin , nous répond: « L’Église ne doit pas se substituer au rôle de l’Etat, ni régenter l’organisation de la vie civile. Mais elle a l'obligation de parler pour que les responsables du pouvoir politique puissent choisir. »

Alors que j’écris ces mots, je tombe sur ces lignes : le Premier Ministre britannique Gordon Brown préface et soutient un livre sur le Défi Michée : « Je me félicite vivement, dit-il, de la publication de ce livre. Il arme la foi pour unir les chrétiens à l’échelle internationale… pour qu’ils s’engagent envers les personnes vivant dans la pauvreté à travers la prière, le service et le plaidoyer. » Le premier ministre anglais préface un livre à propos du Défi Michée et se félicite qu’il encourage les chrétiens à s’engager dans le plaidoyer !

On peut lire dans la brochure sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, éditée par le Ministère des Affaires Etrangères, à propos de l'Aide Publique au Développement : « L’engagement des citoyens est essentiel : leur vigilance vis-à-vis du montant et de l’efficacité de l’aide... est primordiale... ».

Être soumis aux autorités c'est donc bien exercer cette vigilance et encourager les citoyens (en particulier les chrétiens) à l'exercer aussi et à interpeller les gouvernants s'il y a lieu.


Seul l'Eternel est notre secours

Ainsi que nous y appelle le Psaume 146, nous ne plaçons pas notre foi dans les puissants de ce monde et ne doutons pas que leur action sera bien plus limitée que nous le souhaiterions. Seul l'Éternel est notre secours. Mais lui-même se soucie des plus faibles, « fait échouer les projets des méchants » et nous appelle à ouvrir nos bouches.

Plaider en faveur des plus démunis, c'est :

• Manifester notre amour du prochain en montrant notre souci et notre respect des autorités en les rappelant à leur devoir !
• Manifester notre compassion pour les plus faibles en faisant entendre notre voix en leur faveur !


Un article du Défi Michée
 

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Vos commentaires (8)

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Posté le 17 Mars 2009 à 09h33
Thierry, j'ai été très heureux de lire ton article. Mais je voudrai dire que j'ai le sentiment que du as donné trop d'importance à l'action/l'engagement politique (politique=conquete et administration du pouvoir) comme facteur de changement structurel. Le probleme de l'insécurité par exemple qui ressort de ta parabole est résolu au Cameroun moin par l'action du gouvernement que par une récupération du probleme par les populations concernées qui mettent sur pied des comités de vigilance dans les quartiers, et je t'avoue que ca marche. Je suis de ceux qui pensent que les changements durables et profonds doivent commencer à l'échelle local par une prise de responsabilité et une manifestation de la volonté d'agir des populations concernées. A mon idée il ya vraiment tres peu de choses que le pouvoir politique peut changer car lui meme a ces propres contraintes et exigences et souvent il fait partir du probleme.
 
  Réponse de bayan (France)
Posté le 18 Avril 2009 à 11h40
Tu as raison mais il faudrait les deux ( les changements au niveau des dirigeants aussi ) pour agir+ rapidement et à grande échelle . Néanmoins les actions du peuple surtout s' il se laisse encourager par Dieu sont éfficaces . Bon courage et continuez ces prises de responsabilités qui sont des " prises en main " de votre vie . Je crois que Dieu vous sera plus favorable que si vous restiez dans les théories ou dans les lamentations qui peuvent conduire aux murmures . C ' est aussi ainsi que s' exprime l' " Amour du prochain " ! Dieu bénisse votre oeuvre ! Amen !
 
Posté le 26 Octobre 2010 à 13h31
Amen !!!!Merci pour ce beau message Oui manifestons notre compassion pour les plus faibles et faisont entendre notre voix en leur faveur !!!!! Amen !!!!!
 
Posté le 30 Septembre 2009 à 13h00
c est ecrire ds la bible que celui qui ne travail pas ne mange pas ,si tu est ds le besoin tendre la main n est pas la solution travail plutot ou cris seulement a Dieu n est pas lui qui tient entre ces mains le coeur du rois et qui l incline la ou il veut, que Dieu vous benisse.
 
Posté le 1 Juillet 2009 à 18h48
Oui mon frere, je partage votre oppinion, une population consciencieuse et animee d'amour est plus forte que toute l'armee du pays. S'elle est eveillee et vertueuse, car dit-on "sans peau,ou pousseraient les poils?..." le peuple peut lutter contre la corruption, la mauvaise gestion et le detournement. le mal est sa docilite et son ignorence de son role...dans la lutte contre les antivaleurs qui rongent la societe.
 
Posté le 12 Mars 2009 à 17h59
Merci tout cela provient de dirigeant de l'Afrique qui ne veulen toujours pas laisser le pouvoir c'est ca qui cree la misere .que Dieu touche leur coeur.
 
Posté le 11 Mars 2009 à 21h51
Si tous les présidents de la république, les rois, les reines ... les représentants des grands et des petits pays avait comme grand chef en premier lieu grand en dignité c'est à dire le vrai DIEU , le Père, le Fils et le Saint Esprit ce serait vraiment merveilleux. QUE DIEU SOIT BENI ETERNELLEMENT.