"Heureux ceux qui procurent la paix", nous dit le Christ (Matthieu 5:9). Mais comment procurer la paix à des jeunes qui sont nés et ont grandi dans la violence ? Mieux : comment faire des jeunes eux-mêmes des artisans de paix ?
La ville de Medellín, en Colombie a désespérément besoin d'apprendre à résoudre les conflits.
Voilà
2 décennies qu’un conflit armé y sévit entre des
gangs criminels, des guérilleros socialistes et des groupes paramilitaires, formés pour une bonne partie de
jeunes de 14 à 25 ans, des deux sexes…
Canaliser les forces pour évacuer la violence
A Club Deportivo, un groupe travaille avec des jeunes gens coincés au milieu de cette violence.
Leur objectif :
identifier les forces et les talents développés par les communautés locales pour survivre au conflit, et les renforcer grâce à une combinaison de jeux, de recherches, de formation en résolution de conflit.
C’est de là qu’est venue à l’équipe l’idée d’un tournoi de football mensuel intitulé
« La coupe des négociateurs de paix »
"Les jeunes adorent le football qui présente une tension très proche de l’atmosphère d’un conflit armé, explique Duberney Rojas, directeur de projet du Club Deportivo.
Les jeunes étaient motivés par le désir de remporter cette compétition. Un cadre idéal pour combiner le sport avec une recherche et une formation en résolution de conflit."
Des caractéristiques spécifiques
Mettre la paix au centre du tournoi implique certaines règles…
Règle n°1 :
pas de règles fixées à l’avance ! Les joueurs devaient convenir des celles-ci pour chaque match.
Règle n°2 :
pas d’arbitre ! Ce sont les joueurs eux-mêmes (des deux sexes) qui devaient résoudre tous les conflits durant les matches.
Règle n°3 : des équipes obligatoirement
mixtes ! Au début, les garçons étaient peu enclins à jouer avec les filles (qui elles étaient ravies d'améliorer leurs aptitudes sportives !) mais, au fur et à mesure, ils les ont
acceptées en tant qu’égales.
Règle n°4 : la présence d’
un observateur, chargé de noter ce qui se passait sur le terrain.
Résultat des observations, ou comment résoudre les conflits autrement
La violence n’a pas été entièrement évacuée du terrain, mais les enfants et les jeunes participants ont montré
une capacité à gérer les conflits en utilisant d’autres méthodes pacifiques :
La protestation :
Même en plein jeu, les joueurs pouvaient forcer leurs adversaires à reconnaître leur faute, en arrêtant le match pour protester calmement. Ils le faisaient :
• en retenant le ballon de manière à arrêter le jeu
• en restant totalement silencieux et immobiles (comme paralysés).
La négociation
Les joueurs mettaient en pratique leurs savoir-faire de négociation en :
• rassemblant les mauvais joueurs et en les forçant à choisir de jouer correctement ou de quitter le match
• collaborant avec les joueurs d’autres équipes pour garantir un jeu franc ou renforcer la participation des filles
• intervenant pour éviter une agression physique lorsque certains joueurs devenaient violents
La réconciliation
Lorsque la situation s’embrouillait, les équipes discutaient, sans devenir violentes, jusqu’à ce que les membres soient d’accord. La réconciliation s’est avérée possible car :
• ils avaient convenu dès le départ des règles du jeu et garantissaient qu’elles soient respectées grâce aux discussions ou à d’autres moyens non-violents
• ils pouvaient demander l’opinion d’un tiers pour permettre de résoudre des conflits complexes comme des buts contestés.
Un impact sur la société
Au sens large
Les participants ont commencé à appliquer dans leur communauté ce qu’ils avaient appris sur le terrain, et à moins recourir à la violence pour résoudre les conflits.
Un respect accru pour les femmes
Durant ce projet, l'équipe de Club Deportivo a noté la capacité des jeunes filles à
faire respecter leurs droits face aux garçons.
Duberney Rojas témoigne :
"Lorsque ceux-ci refusaient de leur passer le ballon, elles faisaient front ensemble et refusaient de jouer. Elles prenaient aussi souvent l’initiative pour résoudre les conflits. Dans certains cas, c’était une fille qui était le capitaine de l’équipe !"
Un potentiel à exploiter
"Il a été intéressant d’observer les jeunes mettre en pratique leurs capacités durant les conflits. Ceci nous a permis de comprendre le potentiel des gens pour les gérer.
On considère souvent les communautés locales comme de faibles victimes de la violence. Mais les gens qui subissent des conflits armés prolongés apprennent à survivre, à tirer le meilleur parti des choses et même à agir positivement sur le conflit. Il y a eu beaucoup de sang versé mais un conflit peut aussi offrir une opportunité d’apprendre.
A Medellín, nous avons compris que la communauté locale n’est pas impuissante. Elle a le potentiel d’apporter de réels changements."
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