Ce que Sarah a vu, nul ne souhaiterait le voir. Viols, tortures, meurtres – des horreurs qui peuvent marquer une vie à jamais, remplir une âme de colère et d'amertume…
Quand on sait ce qu'a vécu cette femme de 37 ans, on ne peut qu'être impressionné par ses paroles :
"Ma foi est très forte. J'ai déjà tout oublié, je leur ai pardonné. Si je ne leur pardonne pas, je ne serai pas libre".
L'histoire de Sarah débute dans la province de Maniema dans l'est de la République Démocratique du Congo, où elle habitait avec son mari et leurs trois enfants.
Le viol utilisé comme arme de guerre
Là, les affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles n'ont pas épargné la population.
"Il y a eu beaucoup d'attaques contre la population", raconte Sarah.
"Ils creusaient des trous, enterraient des personnes vivantes. Ils ordonnaient à des gens d'avoir des relations sexuelles avec leur partenaire sous les yeux d'une tierce personne, voire même de coucher avec leurs propres frères et sœurs. Si nous refusions, nous étions tués."
Sarah a été violée mais a survécu. Cependant, après ces attaques, aucun traitement n'était disponible pour soigner ses blessures physiques, encore moins émotionnelles.
Soigner le corps…
Ce sont des employés de Heal Africa, partenaire de Tear Fund, spécialisés dans les services médicaux, qui ont trouvé Sarah.
Elle se souvient:
"Au départ, nous étions terrorisées et nous avons refusé d'aller avec eux, nous ne savions pas où nous allions et pensions que ces hommes allaient nous tuer. Quand nous avons compris qu'il s'agissait d'un hôpital, nous avons accepté de partir."
A présent à Goma, Sarah reçoit des traitements et attend une opération chirurgicale.
…et l’esprit
L'équipe d'Heal Africa lui apporte également un soutien psychologique. Comme bien d'autres femmes, elle a été rejetée par son mari, qui a la garde de deux de leurs enfants.
"Lors des séances de soutien psychologique, on nous dit que nous sommes des êtres humains et ces encouragements réchauffent notre cœur"
Reconstruire sa vie
Le rejet de sa famille signifie pour elle une situation de précarité quand elle quittera l'hôpital.
Pour cela, l’équipe sur place aide ces femmes à acquérir des compétences comme la couture, afin qu'une fois dehors, elles puissent gagner leur vie.
De plus, un service de médiation tente de réunir les femmes aux familles qui les ont rejetées, tandis qu'une association américaine d'avocats au barreau aide les femmes à obtenir justice face à leurs agresseurs.
Un problème humanitaire d'une grande ampleur
Cette année-là, environ 250 000 personnes ont été forcées de fuir leur domicile à cause des combats entre les forces congolaises et rebelles. La province du Nord-Kivu a été particulièrement affectée.
Depuis 2002, plus de 50 000 personnes ont reçu un soutien pour pouvoir reconstruire leur vie.
Il serait facile de considérer un pays qui a vu mourir plus de 5 millions de personnes et 2 millions devenir sans abri à cause de conflits armés comme une cause désespérée.
Mais l'attitude de Sarah, qui a vécu tant de souffrances, répand l'espoir et défie l'indifférence.
"Nous voulons vivre dans la paix et l'unité. Si nous vivons dans l'unité, beaucoup de gens voudront nous aider."
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