Que ce soit sous l'appellation de "bakchich", de "gombo" au Cameroun, de "cahoua" en arabe, ou de "pots-de-vin" en Europe, c'est bien de corruption dont il s'agit ! Un mot qui nous fait horreur et dont la pratique s'est pourtant immiscée partout, sous différentes formes.
C'est un mal qui ronge l'économie d'un pays, qui fausse la politique et qui maintient définitivement les plus démunis dans leur état de pauvreté extrême.
Corruption et pouvoir sont forcément liés...
Et la pauvreté dans tout ça ? La lutte contre la corruption est-elle une fin en soi ? La lutte contre la pauvreté ne passe-t-elle pas par celle contre la corruption ?
Corruption : état des lieux
1 trillion de dollars ! Ce chiffre, donné par la Banque mondiale, correspond au montant annuel de pots-de-vin à l'échelle mondiale. 1 milliard de milliards... ! Et c'est sans compter les 1 600 milliards de dollars détournés chaque année par des dirigeants peu scrupuleux.
Transparency International ou encore le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) dénoncent et nomment les plus grands corrupteurs de ce monde :
- Suharto, l'ancien président d'Indonésie, a détourné entre 15 et 35 milliards de dollars.
- Ferdinand Marcos, aux Philippines,
- Mobutu dans l'ex-Zaïre,
- Mobacha au Nigéria,
Ils ont détourné
pas moins de 5 milliards de dollars chacun.
Du simple
favoritisme au
détournement de fonds, en passant par
la fraude, l'extorsion ou les dessous-de-table, la corruption prend les formes les plus viles pour finalement s'ériger en système établi.
En effet, cette attitude des « grands » de ce monde s'est imposée dans la société civile comme étant pour certains la clef de la réussite, un moyen de se faire respecter, alors que pour d'autres ce n'est qu'un revenu supplémentaire...
C'est ainsi que l'on peut voir de simples commerçants ou de simples paysans s'adonner à cette pratique, en acceptant de l'argent contre un service, un faux témoignage...
La corruption, une dépravation de la démocratie
De tous temps, la corruption s'est développée autour d'activités d'influence, et principalement de la politique.
L'argent détourné finance le maintien au pouvoir des régimes autoritaires (vente d'armes, arrangement avec l'opposition, clientélisme).
L'intérêt général, le bien-être des populations et le développement du pays, qu'est censé rechercher un chef d'état, passent au dernier plan, au profit de l'intérêt privé dans la quête du
toujours plus de pouvoir, toujours plus de richesses.
L'attribution des marchés publics au plus offrant, les subventions du gouvernement à des pseudo-associations, les passe-droits..., toutes ces pratiques faussent complètement la démocratie et l'égalité des chances quant à l'accès du citoyen à l'emploi, aux soins, aux services gratuits, à la justice.
Avec un
système judiciaire assujetti, une
presse muselée, une
population maintenue dans la pauvreté extrême, la société civile est réduite à la passivité. L'État se fait fort, l'État se fait menaçant, l'État dicte la conduite, L'État détient les ressources d'un pays et n'en distribue que quelques miettes aux citoyens.
Quel espoir pour ces prisonniers de la déchéance politique ? Quels moyens de s'en sortir ? La
corruption devient un mode de pensée... puis un mode
de vie...
Un cercle vicieux
La corruption fait perdre chaque année
25% du PIB aux états africains, pour ne citer qu'eux, selon le rapport de la Banque Mondiale, soit
148 milliards de dollars. Avec moins de 0,1% de cette somme, 600 000 malades du sida pourraient être traités pendant un an, ou 250 000 foyers pourraient être approvisionnés en eau courante !
La corruption mène tout un pays vers la pauvreté car elle rend les investissements étrangers frileux, elle empêche une mobilisation efficace des ressources du pays, elle nuit aux programmes d'aide au développement.
En privant les populations de l'accès aux soins, à l'hygiène, à l'éducation, en maintenant les salaires au plus bas,
la corruption s'attaque à la dignité humaine. Face à cette subornation omniprésente, l'éthique, la morale et les valeurs d'intégrité, d'honnêteté ne font pas le poids. C'est la dignité humaine elle-même qui est affectée.
En vivant dans la
frustration, dans la
peur du lendemain, les citoyens, abandonnés par leur gouvernement, victimes de la corruption, sont plus que jamais tentés par ce procédé... le seul, pensent-ils, qui puisse augmenter instantanément leurs revenus et améliorer leur position sociale.
La pauvreté prédispose à la corruption.
C'est un cercle vicieux.
La lutte contre la corruption, un enjeu de la lutte contre la pauvreté
Les pays qui apprendront à maîtriser la corruption et à instaurer un état de droit
pourront voir leur revenu par habitant quadrupler et la mortalité infantile chuter de 75%. C'est dire l'
importance de la lutte contre la corruption dans la lutte contre la pauvreté.
Et c'est tout l'enjeu de la troisième conférence de la CNUCC (Convention des Nations Unies Contre la Corruption- UNCAC) en novembre prochain à Doha :
mettre en place un mécanisme de surveillance efficace et transparent pour veiller à ce que la corruption ne gangrène plus ce monde, afin que les populations les plus pauvres puissent cesser de survivre et enfin commencer à vivre.
Plusieurs ONG chrétiennes ou d'inspiration chrétienne, dont Tear Fund, le S.E.L., Christian Aid, Vision du Monde, ont signé un courrier en ce sens auprès de l'Union Européenne.
Partagez-vous leur action ?
Nous croyons que les grands corrupteurs riches et puissants, comme les petits, peuvent être touchés par Jésus-Christ, le seul modèle à suivre et le seul capable de changer pleinement nos coeurs corrompus.
Sources :
UNCAC - Transparency International – Banque Mondiale – CCFD Terre solidaire – OCDE