Comment réagissez-vous lorsqu’une association humanitaire vous présente des images explicites d’une situation de pauvreté épouvantable (des enfants mourant de faim par exemple) ? Lorsque vous êtes mis face à face avec une situation bouleversante, que vous n’auriez pas imaginée (la prostitution enfantine, l’excision, les enfants soldats…) ?
Les ONG devraient-elles veiller avant tout à avoir une communication sobre ou faut-il secouer le public pour le réveiller devant les réalités de l’extrême pauvreté ?
La pauvreté est une réalité
Commençons par rappeler cette vérité toute simple :
• Les chiffres qui décrivent les différents aspects de la pauvreté (malnutrition, manque d’accès à l’eau potable ou à des toilettes, illettrisme, sida…) concernent
des millions, voire des milliards de personnes. Derrière ces chiffres, il y a
des personnes bien réelles.
• Les histoires de personnes qui vivent dans la pauvreté ou qui sont victimes d’injustices sont souvent
réellement horribles. Ce ne sont pas les associations humanitaires qui « en font trop » quand elles les racontent.
• La réalité de la pauvreté rencontre souvent
une forme d’indifférence de la part du grand public. Nous sommes
tellement habitués à voir des images « chocs » tous les jours qu’il nous faut toujours un choc plus grand pour réagir.
• Ceux qui connaissent la réalité de situations de pauvreté ignorées du grand public peuvent ressentir le
besoin de témoigner, en montrant la réalité dans tout ce qu’elle a de choquant.
Il est normal de réagir à la pauvreté avec nos émotions
Il est normal et sain de réagir à la réalité de la pauvreté avec nos émotions.
Si vraiment
nous aimons notre prochain comme nous-mêmes,
cela engage nos émotions d’une façon ou d’une autre : nous ne pouvons pas nous contenter d’aimer de façon détachée, « à distance ». Les Évangiles soulignent à plusieurs reprises la façon dont
Jésus était « ému de compassion » face aux besoins des foules qui venaient à lui.
Un partenaire du S.E.L. raconte : « Un jour je voyais un enfant qui portait une chemise très longue, déchirée, et il ne portait pas de caleçon. Ce jour-là ma tête a tourné. L’enfant était nu. »
N’est-il pas normal que
notre tête tourne parfois devant la réalité de la pauvreté ?
Si une association humanitaire communique sur la réalité de la pauvreté, il est normal que cela provoque une réaction émotionnelle.
Oui mais attention…
Alors pourquoi sommes-nous mal à l’aise (avec raison) devant l’idée qu’une association humanitaire communique de manière trop émotionnelle ?
• Nous ne voulons pas
être manipulés. Quand on vient d’être exposé à une réalité choquante, on ne sait pas toujours très bien comment réagir et on est
plus facilement manipulable. De plus les images ne font voir qu’
un aspect de la réalité. Une communication émotionnelle simplifie les choses. Elle ne nous permet pas toujours de
bien analyser les causes complexes des situations de pauvreté et les remèdes appropriés.
• Nous savons que
les associations humanitaires récoltent de l’argent. Nous comprenons qu’on nous montre un enfant mourant de faim dans un journal télévisé, mais nous ne voulons
pas que ce soit sur l’affiche d’une ONG. Même si elles sont « à but non lucratif » nous pouvons avoir l’impression qu’elles ont un « intérêt » dans le fait de montrer ce type d’images.
• Pour faire connaître la réalité de la pauvreté, il n’est pas indispensable –
ce serait même indécent – de tout dire et surtout de tout montrer (par des photos ou des vidéos).
Comment adopter une approche chrétienne ?
Pour conclure – ou peut-être pour ouvrir le débat ! – je proposerai
quatre pistes de réflexion pour une approche chrétienne de la question :
• Le souci de la dignité de tout être humain.
La doctrine biblique de
la création de tout être humain en image de Dieu doit nous guider dans notre manière de communiquer sur la pauvreté. Il peut y avoir quelque chose d’humiliant pour ceux qui sont dans la détresse à être photographiés ou filmés pour les besoins d’une publicité humanitaire. Le recueil d’informations et d’images doit donc se faire avec
beaucoup de sensibilité.
Le chrétien qui regarde la pauvreté sait que Dieu est capable d’agir pour transformer toute situation. Par conséquent,
il n’enferme pas le pauvre dans sa pauvreté. Il voit le pauvre comme une créature de Dieu, appelée à la vie éternelle. Négliger ces vérités est indigne d’une action qui se veut vraiment chrétienne.
• Prendre Jésus comme modèle
Jésus est un modèle aussi dans la manière dont il communiquait. Sa parole nous atteint dans tout ce que nous sommes et touche aussi nos émotions. Mais
il ne manipulait jamais ses auditeurs. Il allait même jusqu’à appeler ceux qui voulaient le suivre à bien calculer la dépense (Luc 14.25-33).
• Priorité à l’intelligence !
Les émotions et les sentiments ont une place légitime et indispensable dans la vie humaine, mais ils ne doivent pas gouverner. Le chrétien est quelqu’un qui
offre à Dieu un culte « raisonnable » et qui est constamment transformé par le renouvellement de son intelligence (Romains 12.1-2).
Se laisser guider par ses émotions et par ses sentiments, c’est courir le risque d’être manipulé et de suivre sans discernement les idéologies dominantes.
• Le souci de la vérité
Les organisations humanitaires ont la responsabilité de
ne pas manipuler leur public en jouant trop fortement sur l’émotion.
Mais elles ont aussi la responsabilité de témoigner, voire de dénoncer les injustices.
Difficile de tenir ces deux choses ensemble !
Une suggestion : la vérité caractérise d’abord les paroles (ce sont les paroles qui sont vraies ou fausses). Pour communiquer la vérité, ne nous reposons donc pas trop sur les images. Et disons la vérité !
Réagissons à la pauvreté avec nos émotions, mais cherchons avant tout l’éclairage de la Parole de Dieu pour mener une action intelligente. C’est cela qu’une ONG chrétienne devrait encourager.
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