Voici une question que Mana Yevu, pasteur et présidente du CAST (Centre d'Action Sociale au Togo, ONG chrétienne, partenaire du SEL) entend régulièrement lorsqu'elle se déplace en France. A l'occasion d'une lettre, elle exprime son point de vue sur la situation.
"J’ai envie de rebondir sur la question qu’une personne me posa un jour lors d’un séjour en France :
«Depuis le temps qu’on aide l’Afrique, pourquoi n’avance-t-elle pas ? Pire, aujourd’hui c’est la guerre partout ! ». Cette personne argumenta sa question en dressant un portrait catastrophique de l’Afrique.
Prenant cette réflexion comme une provocation, je lui retournai la question dans l’espoir d’ouvrir un débat différent du défaitisme :
« Pouvez-vous me décrire la manière dont on aide l’Afrique ? »
Mon interlocuteur restant muet, je continuai sur ma lancée en essayant de faire une analyse rapide de l’aide humanitaire mondiale en prenant notamment pour exemple concret notre petit centre d’accueil au Togo.
Comprendre la façon dont on soutient l’Afrique
Je pense que cette personne a légitimement le droit de se poser la question de la gestion de l’aide mais il est important de comprendre la façon dont on soutient l’Afrique, à coups d’exploitation initiale et de lourde dette imposée sur plusieurs décennies.
Effectivement, si l’assistance dont semble parler cette personne est celle de « donner des miettes et de faire à la place » au lieu de « faire avec », alors oui, l’Afrique a peu de chance d’avancer.
Les besoins en Afrique sont très vastes et malheureusement on se rend compte qu’une partialité et des choix nuisibles peuvent faire oublier les bénéficiaires légitimes.
Si nous faisions le bilan de la manière dont cette aide est apportée en face du bilan sur la façon dont le continent et notamment les richesses de son sous-sol sont exploitées, chacun serait vite fixé.
En tout état de cause, je sais que
chaque être humain a besoin de son prochain comme l’homme a besoin de la femme. Le corps a besoin de tous ses membres et nous sommes ensemble le corps du monde.
Le Nord a besoin du Sud et vice-versa. Alors, faisons des efforts intelligents afin que nous soyons tous fiers de nos actes, si modestes soient-ils.
Il y a par ailleurs plusieurs motifs de satisfaction car beaucoup de choses changent aussi.
La compréhension mutuelle commence à porter ses fruits.
Les mentalités des expatriés et des africains évoluent et beaucoup comprennent les codes qui garantissent la confiance pour que les projets puissent se réaliser et tenter ainsi de transformer la vie des populations démunies du Sud.
Aujourd’hui, beaucoup d’africains eux-mêmes réalisent dans l’ombre de beaux projets très encourageants. Ce sont ceux qui s’investissent sans grands moyens pour les vrais changements.
Je souhaite qu’un jour le monde en soit positivement surpris et qu’un hommage leur soit rendu. Je veux les saluer ici et avec eux je refuse de voir une Afrique toujours méconnue et maltraitée.
Je suis des leurs, modestement, je les respecte, même si je suis en même temps consciente qu’il reste beaucoup à faire et que la bataille n’est pas terminée.
Nous avons beaucoup de pain sur la planche !
Ceci dit, voici le moment pour le CAST de commencer son bilan des 20 ans :
Depuis 1995, des débuts difficiles, des doutes, des dilemmes, mais aussi avec l’appui des uns et des autres, beaucoup d’avancées positives.
Grâce à cela,
nous avons créé des emplois pour une centaine de personnes à travers nos ateliers. Nous avons assuré un accompagnement financier des familles et nous avons soutenu une vingtaine de jeunes jusqu’à l’université.
Grâce aux dons,
des personnes complètement rejetées de la société ont retrouvé leur dignité. Des jeunes et des moins jeunes travaillent dans les ateliers et sont payés à la pièce d’un article fabriqué.
Des femmes seules et des familles défavorisées peuvent faire face financièrement à l’éducation de leurs enfants…
Et pour tout ceci, nous sommes exctrêmement reconnaissants à tous ceux qui nous ont soutenus. "
Lettre de Mana Yevu, pasteur et présidente du CAST (Centre d'Action Sociale au Togo, ONG chrétienne, partenaire du SEL)
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