Il y a un an, la crise alimentaire faisait la une de l'actualité un peu partout dans le monde. On estime à 973 millions le nombre de personnes ayant souffert de la faim en 2008. Qu'en est-il aujourd'hui ? Le bilan s'alourdira-t-il davantage en 2009 ?
Le juriste belge, O. De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies, est catégorique :
« la crise alimentaire s'aggrave. »
La quantité de nourriture est insuffisante, et même si les dernières récoltes ont été bonnes, le prix des céréales n'a pas suffisamment baissé (il reste toujours de 19% supérieur à celui de la moyenne de 2006), parfois même il a augmenté.
En outre, les récentes études de la FAO montrent que si les prix des céréales ont baissé sur les marchés,
ces baisses n'ont pas été répercutées à la vente dans la plupart des pays en développement.
Témoignages de partenaires du S.E.L.
Lucien A., responsable du Ticket-Repas Anfani au Bénin, où sont accueillis des orphelins du sida, décrit ainsi la situation:
" Un an après, les prix ne sont toujours pas stables.
Les vivres sont maintenant sur le marché, même s'ils coûtent toujours cher. On se souvient d'il y a seulement quelques mois où l'on pouvait acheter le maïs à 110 F CFA et même moins. Aujourd'hui, on l'achète à 250, 300 F CFA.
Les dotations de vivres du Programme Alimentaire Mondial ont repris, mais il n'y a plus de riz, et il n'y a pas de conserves (poissons/viandes). Les quantités ont diminué.
Mais c'est tellement mieux que quand on n'avait rien, il y a un an... "
Selon Symphorienne, responsable du Ticket Repas "Le bon refuge" au Togo,
" la crise est encore là, mais les populations se sont habituées... et ne sont plus affolées. "
Quant aux prix,
" ils ne montent plus, mais ils ne sont pas révisés à la baisse, non plus. L'évolution des prix des aliments locaux dépendra de la pluviométrie... "
La même partenaire rapporte que les dons du S.E.L. ont permis d'assister certains en nourriture ou en soins, et d'accueillir des enfants malades de faim, abandonnés sur des places publiques.
Heureusement, les enfants du centre ont toujours obtenu la ration alimentaire normale ainsi que des soins réguliers…
Traiter les causes et privilégier l'investissement
Face à cette crise, les mesures prises au niveau international ont été majoritairement humanitaires et macroéconomiques, ce qui a permis une aide précieuse et immédiate aux populations en détresse.
Mais les causes structurelles n'ont pas été suffisamment traitées.
Et l’emprise croissante des agro-carburants sur les terres fertiles aggrave encore la situation.
Tant que les
règles du commerce international n'auront pas changé, et tant que
le dérèglement climatique ne sera pas mieux maîtrisé, « tous les ingrédients de la crise resteront en place » affirme O. De Schutter.
L'investissement reste la solution à long terme : une évidence pour beaucoup de pays africains ! Cependant, les volontés gouvernementales ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu'il faudrait, ou peuvent même aller dans le sens opposé.
Et la crise financière mondiale n'arrange rien !
Mi 2008 à Rome, à l'issue du sommet sur la crise alimentaire, les 183 pays présents s'unissaient pour déclarer :
" Nous prenons la ferme résolution d'utiliser tous les moyens pour soulager les souffrances provoquées par l'actuelle crise (…) nous nous engageons à éliminer la faim et à assurer des aliments pour tous aujourd'hui et demain. "
Début 2009, la conférence de Madrid sur la sécurité alimentaire pour tous, laisse un goût amer. Les promesses n'ont pas pu être tenues.
Crise financière et économique aidant, les sommes prévues n'ont pas pu être réellement attribuées.
Selon Jacques Diouf, directeur général de la FAO,
" la contraction des prix agricoles et l'incertitude financière risquent de ralentir les investissements des agriculteurs et d'impliquer une importante réduction de la production en 2009-2010. "
Après l’urgence, la situation demeure critique
Les causes « profondes » de la faim dans le monde ne sont pas traitées.
La crise alimentaire de 2008 a affaibli des populations déjà fragilisées, et la crise financière et économique n'a fait que ralentir les investissements tant attendus pour mettre en place des solutions durables.
Le nombre des personnes qui ont faim augmente perpétuellement.
Il suffirait pourtant de réunir entre 25 et 40 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde... et sauver des millions de personnes.
Une utopie ? Un rêve ?
En attendant, la faim reste un combat de tous les jours là-bas.
Et il faut continuer, ici, à soutenir l'agriculture locale et familiale, pour que les chefs de famille puissent nourrir leurs enfants !
Poster un commentaire
Top Chrétien vous propose de vous identifier avec votre compte Facebook pour, par exemple, poster un commentaire.
Un simple clic sur le bouton Connect et le tour est joué...
En savoir plus ?
Vos commentaires (4)