Les chiffres sont effrayants : 300 millions de cas, un million de décès chaque année... dont principalement des enfants de moins de cinq ans.
Et pourtant des traitements efficaces existent !
Un gros plan très "pointu" sur cette question.
Le paludisme : la moitié de la population mondiale y est exposée !
Le paludisme est un fléau majeur : environ
300 millions de cas chaque année, soit une fréquence 100 fois plus élevée que la grippe saisonnière dont on entend beaucoup parler.
L’infection est endémique dans 109 pays, surtout dans les régions chaudes et humides qui favorisent la multiplication des moustiques. Actuellement, la moitié de la population mondiale (3,3 milliards de personnes) est exposée au risque de transmission du paludisme.
Chaque année, environ
un million de personnes décèdent du paludisme (91% en Afrique). Ce sont majoritairement des
enfants de moins de 5 ans (85%), qui sont plus vulnérables et dont le système immunitaire est sans défense face au parasite :
chaque jour le paludisme tue plus de 3 000 enfants africains.
Des signes inquiétants témoignent par ailleurs :
• de l’extension du paludisme à de nouvelles régions,
• de sa résurgence dans des zones où il avait été éliminé,
• et de difficultés thérapeutiques liées à une résistance croissante aux traitements disponibles.
Un diagnostic précoce et un traitement évitent les formes graves
Le paludisme est une maladie provoquée par le parasite Plasmodium, qui se multiplie chez certains moustiques et est transmis à l’homme lors d’un repas sanguin (piqûre).
Un diagnostic précoce et la mise en place d’un traitement efficace permettent d’éviter l’évolution vers un paludisme grave, qui conduit fréquemment à des complications (anémie grave, détresse respiratoire et dégénération du cerveau) qui peuvent être fatales.
Les approches actuelles sont efficaces…
La lutte antipaludique repose actuellement d’une part sur une approche préventive contre le moustique (par exemple l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide) et d’autre part sur l’utilisation d’antipaludiques (l’artémisine).
En 2005, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a souligné quatre approches efficaces si utilisées correctement :
• les moustiquaires imprégnées d’insecticide pour les personnes à risque ;
• les médicaments antipaludiques appropriés pour les cas de paludisme probables ou confirmés ;
• la pulvérisation des domiciles à risque ;
• et le traitement préventif intermittent pendant la grossesse.
L’application de ces interventions pourrait réduire les cas d’infections et de décès liés au paludisme d’au moins 75 % entre 2005 et 2015.
…si elles sont correctement mises en œuvre
L’efficacité de ces approches est pourtant tributaire de leur mise en œuvre correcte : l’accès à des médicaments adaptés pour les populations à risque et l’assiduité dans la prise de médicaments pendant toute la durée du traitement.
Un traitement avec au moins 2 médicaments (dont un à base d’artémisine) est essentiel pour éviter le développement de résistances et a une efficacité prouvée, avec plus de 95% de patients guéris sur un traitement de 3 jours. L’OMS demande depuis janvier 2006 que ce traitement combiné soit suivi par tous mais la moitié des entreprises pharmaceutiques concernées et des pays les plus touchés n’adhère pas encore à ces recommandations.
Et le parasite continue de résister…
Malgré l’existence d’approches préventives et de traitements efficaces contre le paludisme, leur mise en oeuvre non adaptée a déjà contribué au développement de résistances à la fois chez le moustique (résistances aux insecticides DDT et pyréthroides) et chez le parasite (résistances à la chloroquine et la sulfadoxine-pyrimethamine).
Cet été, les premiers parasites résistants à l’artémisine, le seul antipaludéen capable d’agir efficacement contre le paludisme, ont été identifiés sur la frontière cambodgio-thaïlandaise. Le risque d’une dissémination de ces parasites résistants, en particulier sur le continent africain, est une source de préoccupation importante et rend
urgent le besoin d’améliorer l’infrastructure et l’éducation dans les régions à risques, et de développer de nouvelles solutions pour combattre le parasite (nouveaux traitements, vaccins).
Les approches prometteuses pour combattre le paludisme
Deux approches très médiatisées cet été (un traitement intermittent et un vaccin) sont depuis longtemps en cours d’évaluation et semblent sur le point d’aboutir. Il s’agit d’approches préventives, c’est-à-dire destinées aux personnes à risque non-infectées.
1)
Le traitement préventif intermittent du paludisme chez les nourrissons semblerait efficace d’après plusieurs essais cliniques effectués chez presque 8000 nourrissons africains. Le traitement est basé sur la sulfadoxine-pyrimethamine, contre laquelle le parasite est malheureusement en grande partie résistant, mais le principe de l’étude promet un effet réellement bénéfique avec un médicament plus efficace.
2)
Un vaccin candidat est actuellement en Phase III d’essais cliniques, la dernière phase avant la mise sur le marché d’un médicament. L’efficacité de ce vaccin, a été évaluée sur 340 enfants en Tanzanie, en région de forte transmission, et confère une protection partielle mais efficace. Si la phase III d’évaluation s’avère positive, ce vaccin pourrait être disponible sur le marché dès 2011.
De nombreux autres candidats vaccins et médicaments également prometteurs sont actuellement en cours de développement et certains sont déjà en essai clinique chez l’homme.
Course contre la montre
La mise en œuvre de mesures préventives et curatives a fortement progressé depuis 2001, mais l’accès aux traitements demeure insuffisant et inadapté de telle sorte que
des millions de personnes continuent de mourir chaque année d’une maladie que l’on peut à la fois prévenir et guérir.
Les pays affectés, souvent très pauvres, ont besoin d’une aide internationale majeure pour instaurer un programme de prévention et de traitement efficace et solide. Par ailleurs, il paraît impératif de respecter les directives de l’OMS afin d’éviter la perte d’efficacité des traitements actuels contre un des pires fléaux de la planète.
Enfin, depuis l’identification des premiers parasites résistants à l’artémisine cet été,
la course contre la montre a commencé pour trouver un nouveau traitement ou vaccin efficace avant que ces parasites ne se répandent.
Références
1. WHO Malaria Report 2008 http://apps.who.int/malaria/wmr2008/malaria2008.pdf
2. Mackintosh et al., Clinical features and pathogenesis of severe malaria. Trends Parasitol 2004. 20: 597-603.
3. Dondorp et al., Artemisinin resistance in Plasmodium falciparum malaria. N Engl J Med 2009. 361: 455-467.
4. Aponte et al., Efficacy and safety of intermittent preventive treatment with sulfadoxine-pyrimethamine for malaria in African infants: a pooled analysis of six randomised, placebo-controlled trials. Lancet Sep 2009.
5. Bejon et al., Efficacy of RTS,S/AS01E vaccine against malaria in children 5 to 17 months of age. N Engl J Med 2008. 359: 2521-2532.
6. Olliaro & Wells, The global portfolio of new antimalarial medicines under development. Nature March 2009.
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