Quel développement voulons-nous ?
d'après un article de Tania Torrini - S.E.L. Belgique  |  Lu 1033 fois
       
 
Si tout le monde est plus ou moins d’accord sur le but final du développement, chacun tisse sa toile dès qu'il s'agit du « comment ? ». Même au niveau international, les définitions fusent !
Il n'y a pas de recette miracle et il faut souvent faire du cas par cas. L'exemple d'un projet mené au Burundi peut nous éclairer sur ce que peut être un projet de développement efficace et responsable.


Une structure libre qui profite aux bénéficiaires



Le Village Imuhira jouit d’une chance inouïe car le projet dont il bénéficie émane de donateurs non institutionnels, dont principalement ceux du SEL Projets en Belgique. Cela permet une vraie liberté d’action.

En effet, un projet financé par un grand bailleur institutionnel est freiné à bien des égards.
C'est bien connu, les sommes injectées n’arrivent pas toujours à destination, c’est-à-dire aux bénéficiaires finaux.

Par exemple, certains bailleurs ne soutiennent des projets dans le Sud qu’à condition que tous les matériaux de construction nécessaires à ces projets soient achetés dans leur pays. Une grande partie des sommes octroyées revient donc à celui-ci et finalement ne sert pas le développement du pays nécessiteux.

La cellule du Village Imuhira, par contre, peut agir de manière libre et ciblée. Elle touche ainsi de manière plus directe la population bénéficiaire. L’argent aboutit là où il est censé arriver, sans être tributaire de l’un ou l’autre dysfonctionnement.



Une vision d'ensemble...


Le village Imuhira est un projet qui se veut durable et responsable.

Au sein du projet, le changement social n’est envisagé et envisageable que par une recommunautarisation de la population, par l’éducation et le soutien aux initiatives locales.

  • L'éducation
Au Burundi, seuls 20% des enfants terminent le cycle du primaire. Comment relever ce défi ?


- en fournissant des locaux


Un des moyens éducatifs relevant du projet, c'est la construction et la gestion d'une école primaire, d’une école secondaire, d’un centre de formation continue ainsi que d’une école de métiers.

A l’heure actuelle, l’école accueille 550 élèves ; c’est 100 de plus que l’an dernier grâce à la construction de trois nouvelles salles de classes pour la rentrée 2009.


- en formant et en motivant les enseignants

Durant une grande partie de l'année académique, une jeune institutrice suisse, Delphine, s’est investie auprès des enseignants en les encadrant, en évaluant leurs méthodes pédagogiques et en apportant aux élèves des activités de français.

Cette année, les enseignants se réuniront tous les mois afin de mettre tout en œuvre pour que chaque enfant ait la possibilité de réussir sa scolarité.


- en étendant le projet à la région

Cette année, en collaboration avec le Département Provincial de l’Enseignement (DPE), le Village Imuhira organisera des formations continues pour les enseignants de six autres écoles environnantes, soit 120 enseignants.
A terme, la vision du projet est de mettre sur pied une structure d’encadrement de toutes les écoles de la région via un réseau d’instituteurs européens bénévoles.


- en alphabétisant aussi les moins jeunes !

Cet été, le certificat national d’alphabétisation a été remis à 220 adultes qui, après six mois de formation seulement, sont aujourd’hui capables de lire et d’écrire. Cette cérémonie a été l’occasion de faire une magnifique fête avec repas, chants et danses.


  • L'alimentation et la production agricole
     
Lié bien sûr à l'école, le projet de cantine s’intègre dans une démarche éducative globale et communautaire.

Les objectifs :
- renforcer les capacités énergétiques des enfants en offrant tous les jours un bol de potage bien riche en complément nutritionnel
- sensibiliser les enfants à des notions tels que l’hygiène et l’équilibre alimentaire.
Mais aussi les parents, qui à tour de rôle, viennent participer à l’organisation de la cantine.

L'équipe souhaite cependant aller encore plus loin, en rendant à terme cette cantine autonome.

Pour ce faire, elle est associée à une formation agricole que les enfants suivent dans le cadre du programme scolaire. Ils y reçoivent là des semences à planter dans le lopin de terre familial. Leur récolte est partagée entre la cantine et leur famille, qui est de cette manière encouragée à augmenter la teneur en légumes de leur alimentation.

Ainsi, l'équipe peut contribuer à l'alimentation des enfants aujourd'hui, tout en construisant aussi leur futur alimentaire. Pour ce vrai projet « pilote », les autorités provinciales ont montré beaucoup d’enthousiasme.

Et de fait, les premières évaluations de cette cantine sont très positives ! Moins d’absences, moins de somnolence en classe, meilleurs résultats scolaires…

A côté de la cantine, d'autres projets visent à  promouvoir le développement et la réintégration communautaires : l'établissement d'un centre médical (qui sera ouvert aux villageois) et d’une ferme agropastorale pilote, qui fournira la nourriture pour les enfants, génèrera des revenus pour le projet et offrira des formations et des emplois à la population locale.


  • Le soutien aux initiatives locales de microcrédit

Des initiatives d'aide à la population locale par le biais de la création de petites entreprises (financée par le microcrédit) sont actuellement à l’étude.

Ainsi, plusieurs des petites associations constituées (en fait, les groupes d'alphabétisation) se sont engagées dans l’élevage de chèvres, le remboursement se faisant en nature. Une fois les chèvres rendues, elles sont prêtées à d’autres associations de personnes vulnérables.

Les deux groupes d’alphabétisation ont également pu bénéficier cet été de journées de sensibilisation à la diversification alimentaire, la cantine servant aussi de « laboratoire expérimental » dans ce domaine.


A partir de cette étude de cas, quel développement voulons-nous ?

Un développement dit "intégré" où les différentes causes de la pauvreté sont traitées simultanément ?
Un développement qui passe avant tout par la recherche de l'autonomie des bénéficiaires ?
Un développement qui parte du besoin exprimé par la population et qui se construise par des acteurs locaux compétents ?

En tout cas, un développement qui intègre une dimension spirituelle aussi !

Le débat, LES débats sont ouverts !

En savoir plus sur le village Imuhira
 

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