La capitale du Niger, en Afrique occidentale, est une ville chaude et sablonneuse en plein désert. Un matin, alors que je manoeuvrais péniblement dans le sable notre deux roues motrices, un homme me fit signe d'arrêter.
Il se présenta comme Ibrahim et me demanda de le suivre. Nous entrâmes dans une enceinte très dépouillée et poussiéreuse. Devant sa hutte, Zinabou, sa fille d’environ quinze ans, avec pour seuls habits des guenilles. Elle se tenait assise sur le sable, les jambes étendues.
En m'approchant, je sentis la puanteur épouvantable d'une chair en décomposition, émanant de nombreuses escarres infectées sur ses cuisses et ses fesses. Des mouches bourdonnaient autour. Pourtant, Zinabou me salua chaleureusement.
Voici son histoire :
Zinabou et son frère avaient creusé une fosse à ordures à côté de la route. Le sable s'était effondré, enterrant Zinabou jusqu'à la poitrine. Des passants tentèrent de lui porter secours mais sa colonne vertébrale se brisa dans le mouvement. L’opération ne changea rien à sa paraplégie.
Malgré leurs faibles ressources, la famille et les amis se mobilisèrent pour que l’hôpital fasse tout ce qui était en son pouvoir pour la relever. En vain ! De retour à la maison, son état s'aggrava, les escarres n’en finirent plus de se développer.
Ayant entendu parler de l’opération de coopération communautaire en faveur des personnes handicapées et leurs familles, Ibrahim, les larmes dans les yeux me dit:
"Pourriez-vous aider Zinabou s'il vous plaît ?"
Au cours des mois suivants, une de nos employées travailla étroitement avec la famille. Zinabou fut réadmise à l'hôpital, et grâce aux antibiotiques et aux soins, les plaies furent partiellement guéries, mais l'infection avait atteint les os. J'étais perturbé, je souhaitais en faire plus…
Au milieu de ces combats, l'attitude de Zinabou me sidérait.
“Monsieur, toutes choses sont avec Dieu, ne vous en faites pas s'il vous plaît " disait-elle. Ah, si seulement je pouvais avoir son esprit calme et sa fo i!
Une fois Zinabou de retour chez elle, je lui rendis visite. Comme elle était assise tranquillement sur le sable devant sa hutte, il semblait que son esprit paisible et aimant se souciait de sa famille entière et des autres dans le village, en quête quotidienne pour la survie, dans le pays le plus pauvre de la terre.
Tôt, un lundi matin, on vint m’annoncer sa mort. Selon leur tradition, elle avait été enterrée rapidement.
Quel souvenir me reste-t-il aujourd’hui de ma visite dans sa famille? L’accolade d’Ibrahim et surtout ses paroles:
“M. David, vous êtes chrétien, je suis musulman. Je veux que vous sachiez que votre travail de coopération avec Zinabou au cours de ces derniers mois lui a montré qu'il y a un Père qui l’aime, prêt à l'accueillir dans sa maison. La mort ne lui faisait pas peur.”
C’est une grâce de pouvoir travailler, incarner Jésus auprès des gens marginalisés comme Zinabou.
Un article du
Défi Michée
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