« On brûle les maisons, on tue ». « On nous entraîne aux fusils, à la mitraillette ». « Je sais démonter une kalachnikov les yeux fermés. On ne fait pas de prisonniers. Jamais. On déshabille les survivants, on leur coupe une oreille ou un membre. On les force à les manger avant de les tuer ».
Voilà ce que les enfants soldats racontent.
Bourreaux et victimes à la fois, c'est ce qu’ils sont.
Comment un enfant peut-il en arriver là ?
Quelles conséquences pour ces enfants qui ont vu et perpétré le crime ?
Qui peut les sauver ?
Tour d’horizon de ce fléau gravissime.
Ampleur et localisation
On estime aujourd’hui à environ
300 000 le nombre d’enfants soldats dans le monde.
Si l’Afrique est le continent le plus concerné, l’Asie, l’Amérique latine, l’Europe et le Moyen-Orient, ne sont pas en reste.
Un enfant-soldat est une personne, garçon ou fille, âgée de moins de 18 ans, membre d’une armée gouvernementale ou d’un groupe armé, quel que soit son rôle, ou accompagnant de tels groupes, autrement qu’en tant que simple membre de la famille.
Comment un enfant peut-il en arriver là ?
Les méthodes des recruteurs sont multiples.
La force est bien sûr la plus employée. Les plus jeunes enfants sont
kidnappés à la sortie de l’école ou dans la rue.
Certains n’ont alors pas plus de 5 ans comme le témoigne Mohamed Sidibay, âgé de 5 ans au moment des faits :
« J’étais à la maison en train de m’habiller quand les rebelles du Front Révolutionnaire Unifié ont attaqué. En entendant les coups de feu, je me suis précipité dehors, sans parvenir à trouver mes parents. Je courais dans la foule et je me suis fait capturer très vite par ces guerriers féroces. Voilà comment je suis devenu une bête de somme.»
Mais certains enfants sont volontaires. Incompréhensible ?
Pas tant que ça, si vous vous mettez à la place d’un enfant seul et pauvre dont les membres de la familles sont morts ou enfuis, qui n’a nulle part où aller et à qui on propose protection, abri, et nourriture.
Pour les plus âgés, rejoindre une force armée est aussi un moyen de venger ses proches ou de devenir un héros dans son pays.
Ismahel a aujourd’hui 26 ans, il a été enfant soldat pendant 2 ans :
« Quand mes parents et mes deux frères ont été tués, je n’avais plus nulle part où aller. (…)Pour survivre, il fallait rejoindre un groupe armé. C’est ce que j’ai fait, comme les autres enfants de mon âge. Je n’ai pas été recruté par les hommes qui ont tué ma famille, mais j’aurais pu : en réalité, je n’ai rien choisi ».
Pourquoi recruter des enfants ?
- Les enfants ne coûtent pas cher. Ils ne reçoivent pas de salaires et ne réclament aucune compensation.
- Ce sont des proies faciles à dominer et à impressionner. Malgré toute l’atrocité de leur quotidien, les enfants ne se révoltent pas, s’enfuient rarement et ne provoquent pas de mutinerie. Ils ont peur et donc obéissent.
- Ils passent inaperçus pour collecter des informations auprès du camp adverse.
- De plus, l’avancée technique en matière de matériel militaire a permis de mettre dans les mains des enfants des armes légères et faciles à manier, rendant possible leur envoi sur les fronts.
Quelles conséquences pour ces enfants qui ont vu et perpétré le crime ?
L’enfance et l’adolescence sont des
étapes extrêmement importantes dans le développement d’un individu. Il crée son identité, se positionne par rapport à une communauté, une famille et intègre des valeurs.
Privé de ces étapes, l'enfant s'isole socialement.
Les atrocités dont ces enfants sont spectateurs et souvent acteurs, provoquent des traumatismes extrêmement violents pour leur âge.
Une jeune fille de 14 ans témoigne :
« J’ai vu des gens avoir les mains coupées, une fillette de 10 ans être violée et en mourir et tant d’hommes et de femmes brûlés vivants…Tant de fois j’ai seulement pleuré dans mon cœur parce que je n’osais pas pleurer ouvertement ».
Victimes de
maltraitances par les soldats adultes, ils sont exposés aux blessures que causent toute guerre, mais aussi à la
malnutrition, aux maladies sexuellement transmissibles, aux
grossesses non-désirées pour les adolescentes, … et tout simplement à la mort.
L’utilisation de
drogues et d’alcool sur les enfants est également monnaie courante pour rendre ces enfants plus violents et moins conscients de leurs actes.
Et la loi dans tout ça ?
Le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union africaine, l’Organisation des États Américains et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
ont unanimement condamné le recrutement des enfants soldats.
Cependant,
sur le terrain, l’application des nouvelles lois se fait timide et les Etats ayant pourtant ratifié les protocoles en question ne les respectent pas. (Malgré l’adoption de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, premier traité régional sur les droits de l’enfant entré en vigueur en 1999.)
Qui peut les sauver ?
Les ONG font tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre à ces enfants l’enfance qui leur a été volée.
Les Nations Unies et d’autres organismes soutiennent depuis maintenant plusieurs années les programmes de DDDRR : Désarmement, Démobilisation, Démilitarisation, Rapatriement, Réinsertion.
La réinsertion d’un enfant dans une vie normale ne trouve son succès que s’il retrouve un univers familial ou communautaire accueillant, s’il bénéficie d’un suivi psychologique et s’il peut avoir accès à une éducation. Voilà ce à quoi s’attachent les ONG. Et ils y parviennent.
Nombre d’enfants ont déjà été « sauvés » des mains des recruteurs.
Des centres financés par les ONG ont été créés avec des formateurs, des enseignants, des conseillers.
Ismahel raconte :
« En 1996, j’ai fait partie des quelques enfants soldats dont le groupe, notamment sous la pression de l’Unicef, a accepté de nous démobiliser. J’ai passé 8 mois à Benin Home, un centre de réhabilitation : désintoxication, soutien psychologique, mise en relation avec un oncle, menuisier à Freetown. Je suis redevenu moi-même »
Et nous ?
Agissons avant que ce fléau ne touche les enfants : agissons pour minimiser la pauvreté des parents,
Agissons avec celles et ceux qui créent des structures d’accueil pour les enfants des rues,
Agissons surtout avec ceux qui leur permettront d’entendre aussi le message de l’amour de Dieu.
Sources internet : Unicef, Onu, La Conscience, L’observatoire du Citoyen, Opérations de paix ; Les droits de l’enfant…
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