Est-on pauvre lorsqu'on est riche ?
Peut-être bien, si l’on sonde les cœurs et non pas les porte-monnaie.
C'est le constat que fait Soeur Emmanuelle : il n'y a jamais eu autant de dépressions et de suicides chez les riches, alors que les pauvres des bidonvilles gardent espoir et joie de vivre.
Soeur Emmanuelle, dans son livre "Richesse de la pauvreté", nous explique comment le dépouillement conduit à l'enrichissement personnel, à la paix intérieure, et enfin au plaisir de partager avec nos frères moins chanceux.
Les pauvres, riches de leur humanité
Dans nos pays riches, industrialisés, les personnes pauvres sont méprisées, délaissées. Et ceux qui se retrouvent SDF deviennent invisibles et meurent parfois dans l’indifférence.
Dans les pays en voie de développement, les pauvres (nous parlons ici de
« pauvres », et non pas de « miséreux ») sont plus nombreux
et plus solidaires, ils restent optimistes et sans haine, malgré tous leurs soucis quotidiens.
Au bidonville, nous mangions tous les jours des fèves, mais nous les mangions ensemble, nous rigolions et personne n’avait faim.
Lorsque les idéaux de vie sont très simples, les solutions aux problèmes apparaissent facilement : on peut vendre des pépins, gagner quelques piastres et acheter du pain.
Bien sûr, nous connaissons les conséquences de la pauvreté : carences, maladies, hôpitaux insuffisants ou inexistants, violences, enfants non scolarisés …
Les riches, pauvres à l'intérieur
Quant aux riches, nous savons qu’ils possèdent beaucoup, qu’ils
amassent des biens dont ils n’ont la plupart du temps pas besoin.
De plus, l’enrichissement des uns entraine souvent l’appauvrissement des autres …
Cette course effrénée au plaisir conduit à la frustration : parce que le bonheur ne s’achète pas. Beaucoup finissent dans la dépression, l’alcool, les drogues, et au bout du compte ils se perdent eux-mêmes.
- Le riche devient méfiant (trop occupé à protéger son trésor),
il perd son humanité.
- Il est attaché à son égo et devient aveugle et sourd aux autres.
En fait, il ne possède rien, il est possédé.
Opprimer le pauvre, c’est outrager le Créateur. (Proverbes 14 :31)
Alors, comment sortir de ce piège de la possession qui assèche le coeur ?
Le dépouillement, pour se libérer de ses chaines
L’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur .
(1 Samuel 16 :7)
Se dépouiller,
c’est se libérer des chaines qui entravent notre liberté, c’est se libérer de ses possessions futiles.
Une fois
nu, l’homme va enfin lever son regard vers les autres ; il va enfin y avoir échange de sentiments. Il va pouvoir donner et aussi recevoir.
Il va devenir riche de relations,
son cœur va enfin se remplir de ce qui lui manquait.
C’est ce que Jésus a fait ; dans sa dimension humaine, il était un homme libre et
nu. Il s’est démuni pour s’offrir aux autres et pour les sauver.
Une autre vie
Ainsi dépouillé des artifices imposés par une société de consommation, l’homme
nu peut enfin s’attacher aux autres,
il retrouve la vue et devient riche du bonheur de vivre.
Il peut enfin donner le meilleur de lui-même, car là se trouve sa richesse.
Il revient enfin à l’essentiel et il va pouvoir aider son prochain.
Tout comme Jésus, il vit une résurrection.
Mais attention, l’homme reste naturellement centré sur lui-même, et toujours il essaiera de s’approprier quelque chose.
La recherche du règne de Dieu sur cette Terre, exige d’avoir un cœur de pauvre.
Puissions-nous tous, à travers ombres et clartés, avancer main dans la main sur la route de la fraternité.
Sœur Emmanuelle.
(Source : « Richesse de la pauvreté » de Sœur Emmanuelle et Philippe Asso)
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