En général, pour bien accompagner sa fille vers son futur statut de femme, il est nécessaire d’ouvrir un dialogue, de parler des relations amoureuses. C’est alors l'occasion de lui transmettre les valeurs du respect de soi et de son corps.
Mais pour 150 000 fillettes, parfois très jeunes et dont la plupart se trouvent en Afrique, c'est l'excision qui est au programme !
Cette pratique barbare ancestrale aux conséquences physiques irréversibles pour chacune des femmes mutilées, provoque aussi un traumatisme psychologique qui leur sera impossible à dépasser.
Aujourd'hui aidées par les ONG, des femmes excisées et exciseuses repenties témoignent pour mettre fin à ce rituel dévastateur.
L'EXCISION, UN ACTE DE TORTURE
« J'avais 13 ans. Un matin, ma sœur s'est réveillée tôt et elle a mis de l'eau à chauffer. J'ai vu 4 femmes arriver... Elles m'ont attrapée par les 2 bras et m'ont trimballée dans les toilettes, elles m'ont terrassée. Une est restée sur moi, à cheval, elle a attrapé mes deux poignets et les a croisés et a appuyé sur ma poitrine. Une tenait un pied, l'autre tenait l'autre pied, et l'exciseuse était au milieu. Je vous assure, j'ai crié au secours.
Et là, la douleur... Vous ne pouvez pas vous en rendre compte. Quand j'en parle aujourd'hui j'ai encore les larmes aux yeux. Ça n'a pas été facile, il y avait tellement de sang qui coulait. J'ai passé deux mois chez l'exciseuse avant que la plaie ne se referme. »
Les témoignages de femmes excisées comme celui de Banémie, sont tous plus horribles les uns que les autres. C'est à chaque fois la même façon de procéder :
une trahison, une violence affligeante, des cris de peur, puis une douleur innommable et des séquelles dont elles ne pourront jamais se séparer.
Sans en parler, souvent sans le moindre respect des règles d’hygiène, sans anesthésie,
avec un couteau de cuisine ou un bout de verre, sans soins postopératoires,
les conséquences physiques et psychologiques sont indélébiles.
Les plus « chanceuses » souffriront toute leur vie de maux de ventre, de douleurs intenses au niveau de la plaie à chaque rapport sexuel, et dans leur personne tout simplement, d'un traumatisme évident dans leur féminité.
A l'accouchement, la douleur dépasse l'entendement, accouchement pendant lequel elles peuvent perdre la vie et celle de leur bébé.
Pour les autres, elles attraperont au cours du rituel
le tétanos, le sida, deviendront stériles, et parfois
l'hémorragie sera si importante qu'elles trouveront la mort au cours de l'excision.
POURQUOI LA PRATIQUE DE L'EXCISION A-T-ELLE TANT DE MAL A DISPARAITRE ?
Les raisons originelles :
Il faut bien comprendre que la plupart des exciseuses et des parents qui ordonnent l'excision, sont
convaincus du bien fondé de cette pratique.
C'est avant tout un rituel tribal qui sert à
conjurer les mauvais sorts, à rendre les filles moins frivoles, un peu comme une ceinture de chasteté, à
rendre les filles plus dociles aussi, et pour certains c'est la religion qui l'imposerait.
C'est une tradition qui marque le passage de l'état d'enfant à l'état de femme.
Les raisons sociales :
Avec le temps, parents et exciseuses ne se posent plus la question du bien fondé de cette torture.
Les fillettes sont excisées pour répondre à une pression sociale.
Si elles ne le sont pas, elles ne sont
pas mariables, et n'ont pas de valeur aux yeux de la société dans laquelle elles évoluent.
Cette pratique répond aussi au besoin de
contrôle des hommes sur les femmes, des pères sur leur enfant.
Khadi DIALLO, militante pour le GAMS (Groupe pour l'Abolition des Mutilations Sexuelles) témoigne :
« A l'époque j'avais 12 ans et ma sœur 10 ans.(...) Plusieurs femmes se sont jetées sur moi, m'ont attrapée et allongée. Elles m'ont écarté les jambes. Je criais. Je n'ai pas vu le couteau. J'ai senti qu'on était en train de me couper. Je pleurais. Il y avait beaucoup de sang. On me disait
« Faut pas pleurer, c'est la honte quand on pleure ». Je suis sortie. C'était le tour de ma petite sœur ».
Mes parents étaient lettrés, ils étaient contre l'excision. Après l'excision, ma mère est venue nous voir. Elle a pleuré, elle nous a embrassées, mais elle ne pouvait rien. En Afrique, la famille paternelle a droit de vie et de mort sur l'enfant.
Le sexe reste un sujet tabou. Ce n'est pas admis qu'une femme exprime son désir de plaisir.
La personne qui fait exciser son enfant le fait parce que c'est comme ça depuis des générations et on a peur du mauvais sort si on ne le fait pas.
On leur a toujours dit « Quand vous avez une fille, il faut l'exciser pour qu'elle devienne une femme parfaite ».
Mais, l'Islam n'a jamais dit « Excisez vos filles » même si beaucoup le prétendent. C'est une interprétation de l'homme pour maîtriser la sexualité de la femme. »
L'INFORMATION : LE FER DE LANCE DES ONG QUI PORTE SES FRUITS
La lutte contre l'excision a commencé dès le début des années 60.
Mais il faudra attendre 2004 pour voir apparaître la première journée internationale de la lutte contre les mutilations génitales féminines.
Aujourd'hui le travail des ONG est principalement axé sur l'information.
Il faut démystifier cet acte pour que les populations puissent en comprendre les effets négatifs.
Ainsi l'UNICEF, l'OMS, mais aussi le GAMS, l'AMSOPT (Association Malienne pour le Suivi et l'Orientation des Pratiques Traditionnelles), déploient toute leur énergie à
convaincre les exciseuses de « rendre le couteau » et de témoigner publiquement devant les médias, lors de conférences.
Elles se déplacent dans les villages pour dire la vérité, pour faire changer les mentalités.
Kaja BAGADOGO la première exciseuse à avoir officiellement déposé le couteau, confie :
"Personnellement, je n'ai jamais causé d'accident en excisant, et ce après 32 ans de pratique. (…) Je tenais mon savoir de ma mère qui, elle même l'avait reçu de la sienne. Quand j'ai vu les images abominables que nous as montrées l'AMSOPT, j'ai décidé d'arrêter.
La vie humaine n'a pas de prix ".
Main dans la main,
victimes et bourreaux repentis s’unissent pour dire non à l'excision.
Le courage et la volonté de ces femmes exceptionnelles font avancer toute une société.
« A l'âge de trois ans j'ai été excisée. A mes éternelles questions, on me répondait qu'on ne parle pas de ces choses là. A quatorze ans, j'ai osé dire à ma mère que je ne ferai jamais exciser ma fille.
Aujourd'hui je milite dans le GAMS, je vais à la rencontre de familles africaines. Elles changent souvent d'avis lorsqu'on leur explique que leur enfant risque de mourir pendant la « cérémonie ». Les mères sont souvent étonnées d'apprendre que l'excision est la cause de leur propre souffrance. Les hommes musulmans, eux, acceptent de ne pas le faire quand ils apprennent que ce n'est pas écrit dans le Coran. Je suis africaine et fière de l'être mais une société doit évoluer. Il faut savoir garder les bonnes coutumes, celles qui participent à l'épanouissement de nos enfants, et se séparer des autres. Ma mère aussi a changé d'avis et mes sœurs n'ont pas fait exciser leurs filles. »
K. DIAWARA.
Et pourtant, dans la majeure partie des pays concernés, l'excision tombe sous le coup de la loi.
Toutes ces femmes qui ont conscience que le travail sera long et fastidieux, ont réussi à
transformer leur colère, leur douleur et leur indignation en une énergie positive.
ONG, EXCISEES ET EXCISEUSES FONT RECULER CETTE TRADITION
En 1996, dans les pays où se pratiquent l'excision, 66% des femmes entre 0 et 20 ans étaient encore excisées. En 2005 ce chiffre est tombé à 25%.
Une belle avancée !
Mme TAMINI, Ministre de l'action sociale et de la solidarité au Burkina Faso, proclame :
« Nous voulons écrire une nouvelle page de l'histoire. Une histoire où toutes les filles qui naitront à partir de maintenant, grandiront avec leurs organes reproducteurs intacts tels que Dieu les leur a donnés ».
Car c'est la création de Dieu qui est ici mutilée.
(Sources : UNICEF, OMS, GAMS, Afrik.com)
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