En Namibie, des médecins pratiquent des opérations qui rendent infertiles des femmes séropositives, sans les en informer correctement. Ils prétendent agir pour « le bien de la société » namibienne.
Ces stérilisations forcées ont évidemment de graves conséquences psychologiques et sociales sur les patientes.
Pourtant, un traitement diminuant considérablement la transmission du VIH à l’enfant est possible.
Petit aperçu de ce drame qui touche des femmes déjà très vulnérables.
POURQUOI UNE TELLE PRATIQUE ?
En Namibie, des femmes séropositives sont stérilisées sans leur consentement lorsqu’elles se rendent dans des hôpitaux publics pour des soins.
Plusieurs cas ont été signalés à la "Communauté Internationale des Femmes vivant avec le VIH" (International Community of Women). Après une enquête auprès de 230 femmes contaminées par le VIH, on a découvert que 40 d’entre elles ont été stérilisées sans en être correctement informées.
- Dans la plupart des cas, elles ont signé un formulaire en anglais, sans en comprendre le contenu.
- Parfois le personnel soignant a présenté cette opération comme un remède contre le sida.
- Des futures mères ont accepté la stérilisation car celle-ci était présentée comme une condition pour avoir droit à une césarienne, un avortement ou un traitement.
Souvent, elles ont appris ce qu’on leur a fait, plus tard, lors d’une consultation.
Dans le milieu médical, il arrive que les infirmières refusent de toucher ces femmes, lors des soins.
De nombreuses rumeurs circulent sur le virus, et
les médecins eux-mêmes semblent parfois mal informés.
"C'était un très grand choc," dit une des victimes au Canada's Globe and Mail Newspaper. "J'étais très triste car je voulais donner une sœur à mes trois garçons et maintenant je ne peux plus".
En Afrique du Sud aussi, d’autres cas sont signalés au Women's Legal Centre.
Promise Mthembu, un chercheur Sud-Africain à l'Université de Witwatersrand, explique que "des stérilisations abusives ont lieu dans de très grands secteurs du pays".
UN TRAITEMENT ADAPTE EST POURTANT POSSIBLE
32% des femmes contaminées transmettent le virus à leurs enfants, mais
un traitement antiviral adapté sur la mère et l’enfant, ainsi qu’une nourriture de substitution diminue ce risque jusqu’à 2%.
En Namibie, entre 2007 et 2008, 15,3% de la population était contaminée par le VIH, dont plus de la moitié étaient des femmes, d’après le rapport sur le développement humain des Nations Unies.
Beaucoup d’entre elles n’ont pas accès à la prévention de la transmission mère-enfant du VIH.
DES CONSEQUENCES DRAMATIQUES
Cette situation est un drame pour les femmes qui veulent fonder leur famille. Elles sont
victimes de troubles psychiatriques et sont rejetées par leurs proches, bannies.
La fécondité est essentielle à la femme africaine : la femme sans enfant ne remplit pas le rôle attendu, que ce soit pour son mari comme pour sa propre famille, elle peut donc difficilement compter sur un soutien familial.
Et lorsque ce soutien est possible (parents encore vivants ou frère et sœur pouvant les accueillir), il faut encore qu’elle
supporte les railleries ou les critiques de sa sous-fécondité.
LA JUSTICE LEUR DONNE RAISON !
Le LAC, un organisme namibien, informe les séropositifs de leurs droits et les aide à entamer une action en justice.
Les avocats du LAC accusent les médecins de discrimination envers des personnes vivant avec le VIH et d’atteinte au droit individuel de fonder une famille.
En décembre 2009, la Cour Suprême a tranché : ces femmes ont bien été illégalement stérilisées, sans leur consentement.
La Cour ne diffusera pas l’identité des victimes, afin qu’elles puissent continuer à vivre dans la dignité, si c’est encore possible.
Les victimes réclament à présent des dommages et intérêts.
En Afrique, mais aussi en Amérique Latine, des ONG (généralement des petites associations qui soutiennent les malades atteints du SIDA ou qui aident les femmes en souffrance) continuent à
oeuvrer pour que justice soit faite parmi les plus faibles.
Sources : Africaontv - Genreenaction - Christine Tichit (INED)
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