Ce texte est extrait du livre “Justice, Mercy and humility” [paternoster, 2002]
Alors que l’Eglise de Jésus Christ entre dans son troisième millénaire, beaucoup parmi ceux qui ont conduit l’Eglise à prêcher l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre et à pourvoir aux besoins des démunis, perçoivent que le Saint Esprit les conduit à franchir une autre limite dans le ministère.
L’Eglise perçoit que les personnes qui souffrent n’ont pas seulement besoin de la Parole et de pain, mais qu’elles ont tout autant besoin d’une voix.
Gary Haugen nous explique ici comment plaidoyer le mieux possible, à travers des exemples et en répondant correctement aux besoins de l'autre.
=> UNE HISTOIRE SIMPLE POUR BIEN COMPRENDRE
=> L'HISTOIRE DES 5 "PROCHAINS"
=> REPERER LES BESOINS DE NOTRE PROCHAIN
Beaucoup appellent « ministère de plaidoyer » ce travail consistant à prêter sa voix à celui qui n’en a pas.
Le plaidoyer est une réponse à l’exhortation biblique de Proverbes 31.8-9.
Ouvre ta bouche pour le muet,
Pour la cause de tous les délaissés.
Ouvre ta bouche, juge avec justice
Et défend la cause du malheureux et du pauvre.
En effet,
l’Esprit invite l’Eglise dans une nouvelle ère de plaidoyer qui est aussi importante que le mouvement missionnaire mondial des 150 dernières années et le mouvement d’aide et de développement des 50 dernières années.
Le besoin n’est pas moins grand et le mandat biblique n’est pas moins fondamental.
En ce moment historique, notre plus grand besoin est celui d’
une vision claire sur cet appel au plaidoyer.
La réponse de l’Eglise à l’appel au plaidoyer est menacée par deux obstacles à l’obéissance opposés – une ignorance paralysante et une subtilité paralysante.
- D’une part, de nombreux membres du corps du Christ ignorent l’appel. Nous ne voyons pas le besoin ou nous ne savons pas ce qui est exigé de nous.
Alors que Dieu nous dit – tout simplement :
Aimez-moi. Aimez votre prochain. Pratiquez la justice. Aimez la miséricorde. Marchez humblement.
- D’autre part, nous sommes tentés d’être paralysés par la subtilité, menacés par une approche du plaidoyer qui devient raffinée sur le plan intellectuel, éloignée de la pratique et bien trop subtile de sorte que cela aliène, plonge dans la confusion et immobilise une grande partie du corps du Christ. Nous devons demander à Dieu de nous aider à faire comprendre à la communauté chrétienne que le travail de plaidoyer est un besoin extrêmement pressant, entièrement biblique et éminemment faisable.
UNE HISTOIRE SIMPLE POUR BIEN COMPRENDRE
L’appel biblique au plaidoyer ressort avec une simplicité sans détour du commandement de Christ d’aimer notre prochain.
Jésus a dit que
toute la loi et les prophètes sont résumés dans le commandement d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain comme nous-même (Matthieu 22.35-40).
Le scribe de Luc 10 était capable de répéter la bonne réponse à Jésus. Mais, se rendant compte, comme c’est notre cas à tous, qu’il était plus facile de réciter la bonne réponse que d’y obéir, le scribe chercha un refuge en suggérant que toute l’affaire était plus compliquée que ce que Jésus laissait entendre. Sans se laisser décourager, Jésus remit les choses en place avec une clarté implacable en racontant
une histoire toute simple sur un homme battu, gisant sur la route de Jéricho (Luc 10.30-37). Jésus demanda alors ce que ferait une personne aimant l’homme blessé dans une situation comme celle-là.
Par la simplicité de son histoire, Jésus balaie les tentatives subtiles de diversions.
Il nous met face à des faits clairs concernant un individu dans le besoin et demande : qu’est-ce que l’amour exige ? De la même façon, l’appel biblique au plaidoyer ressort avec une singulière clarté d’histoires très simples à propos de notre prochain dans le besoin – des histoires qui nous forcent à demander :
qu’est-ce que l’amour exige ?
Je voudrais proposer l’histoire de cinq « prochains » un peu partout dans le monde et demander au corps de Christ : qu’est-ce que l’amour exige ?
L'HISTOIRE DES 5 "PROCHAINS"
Joyti est une fille de 14 ans, d’une ville rurale indienne qui a été kidnappée et droguée par quatre femmes qui l’ont vendue à un "maison de prostitution" de Bombay. Elle a été enfermée dans une cellule souterraine et battue brutalement avec des barres de métal, un tuyau en plastique et des fils électriques, jusqu’à ce qu’elle accepte d’avoir des relations sexuelles avec les clients. Maintenant elle doit travailler sept jours par semaine, et s’occuper de 20 à 40 clients par jour.
Osner est un homme de 45 ans, qui vit en Haïti. Il a été arrêté de façon illégale et jeté en prison quand le maire du coin a voulu s’accaparer une partie de sa propriété pour son usage personnel. Selon la loi haïtienne, la détention est complètement illégale et cinq arrêts différents du tribunal ont rendu des décisions selon lesquelles il devait être libéré, mais les autorités de la prison refusent de le relâcher, parce qu’elles ont des relations politiques avec le maire.
Shama est une fille de 10 ans qui a été vendue comme esclave à cause d’une dette familiale de 35 $ qui avait été contractée pour payer le traitement médical de sa mère. Suite à cela, Shama a été forcée ces trois dernières années de travailler six jours par semaine, entre 12 et 14 heures par jour à rouler des cigarettes à la main. Elle doit rouler 2000 cigarettes par jour, sans quoi elle est battue. Son esclavage est complètement illégal d’après la loi indienne, mais les autorités locales n’appliquent pas la loi.
Domingo est un vieux propriétaire paysan au Honduras qui a été touché par balle au visage et à la jambe lorsque la police a illégalement ouvert le feu sur lui et sur d’autres Indiens Lenca, alors qu’ils manifestaient dans la capitale pour obtenir de meilleurs services du gouvernement dans leur région reculée. Le Président du Honduras a publié une promesse d’après laquelle tous ceux qui ont été blessés recevraient une compensation, mais environ un an est passé et l’argent n’est jamais arrivé. Maintenant Domingo a perdu sa maison et sa terre parce qu’il est handicapé et il ne peut pas travailler pour payer ce qu’il doit.
Catherine est une fille de 13 ans qui vit dans un bidonville de Manille et qui ne peut pas aller à l’école parce que sa tante la force à travailler comme domestique. Pire, la tante de Catherine permet à certains de ses amis de vivre à la maison et l’un d’entre eux a violé Catherine quand tout le monde était sorti. Catherine a réussi à faire enregistrer une plainte à la police, mais le violeur est le fils d’un policier et cela fait deux ans qu’ils ignorent l’ordre d’arrêter cet homme.
REPERER LES BESOINS DE NOTRE PROCHAIN
Si ceux qui suivent Jésus doivent répondre dans l’amour à chaque personne, la première tâche est de
repérer la nature de leurs besoins.
Aux premiers temps du mouvement missionnaire moderne, les évangéliques ont mis l’accent sur la nécessité d’agir pour ceux qui avaient besoin d’entendre l’Evangile. On a fait des progrès héroïques dans la proclamation verbale de l’Evangile sur les 150 dernières années.
Et il est toujours vrai aujourd’hui que nous n’aimons certainement pas notre prochain comme il faut si nous ne lui expliquons pas la vérité de l’Evangile.
Cependant, le mouvement missionnaire évangélique a gravement erré dans la mesure où il a manqué de répondre avec amour aux autres besoins de son prochain.
Dès 1947, le théologien Carl F H Henry a remis en cause une évangélisation faite seulement de mots, en insistant sur le fait que :
« il n’y a aucune place pour un Evangile qui est indifférent aux besoins de tout l’homme ou de l’homme dans sa globalité. »
L’effort consacré par l’Eglise missionnaire afin de répondre aux besoins physiques et sociaux était minuscule en proportion avec la clarté du mandat biblique à ce sujet et de l’importance immense des besoins.
C’était une mauvaise chose et cela a retardé l’avancée de l’Evangile.
Cela a commencé à changer dans la dernière partie du vingtième siècle. Une nouvelle génération de dirigeants évangéliques a ramené l’Eglise à une vision biblique de l’évangélisation qui pourvoyait aux besoins de la personne tout entière.
Le mouvement évangélique a adopté l’idée d’un témoignage dans lequel
la proclamation verbale de l’Evangile et le souci des besoins physiques et sociaux de notre prochain font « tous deux partie de notre devoir de chrétien » selon les termes de la Déclaration de Lausanne de 1974.
Au cours de la dernière génération, la communauté évangélique a développé des potentialités énormes lui permettant de répondre à ceux qui souffrent de privations – ceux qui souffrent par manque de nourriture ou d’eau potable, de soin médicaux, d’un toit, d’écoles, etc.
En 2000, rien qu’aux Etats-Unis, les organismes de secours et de développement évangéliques ont dépensé plus d’un milliard de dollars pour répondre aux besoins de ceux qui souffrent de privations dans notre monde .
Mais c’est là que l’ancienne ère se termine et que la nouvelle ère de plaidoyer pour la justice commence.
Dans nos cinq histoires simples, nous découvrons une catégorie différente de personnes qui souffrent dans notre monde. Les ministères traditionnels de la communauté évangélique ne répondent pas à leurs besoins.
Aujourd’hui, ils ne souffrent pas parce qu’ils n’ont pas entendu l’Evangile ou parce qu’il n’y a pas d’Eglise parmi leur peuple. Et par conséquent, nous ne leur montrons pas un amour qui ait un sens dans leur situation en leur apportant simplement les bienfaits de l’évangélisation verbale.
Ils ne souffrent pas non plus de privations. Aucun d’entre eux ne souffre parce qu’ils n’ont pas de nourriture, d’abri ou de soins médicaux. Leurs besoins entrent dans une autre catégorie. Ils souffrent parce qu’ils ont un oppresseur. Ils souffrent parce qu’il y a des "brutes" qui profitent d’eux. Ils sont victimes d’injustices.
Et, pour la plupart, les ministères existant de la communauté évangélique n’apportent pas d’aide significative là où ils en ont besoin.
Voici donc, le vaste et nouveau territoire qui s’ouvre pour le plaidoyer en faveur de la justice.
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Pour lire la suite de cet article et agir aussi : "Les 5 prochains" (suite)
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