Interview d'un pasteur et responsable d'une ONG chrétienne sur la crise alimentaire au Niger, très peu médiatisée en France.
Crise alimentaire, famine : que se passe-t-il au Niger ?
Le Niger comporte environ
8 millions de personnes affectées par la famine. Bien sûr, il y a les distributions gratuites par les organisations internationales, mais les fonds mobilisés par la communauté internationale ou les autorités locales restent très minimes par rapport aux besoins !
Dans certaines contrées du Niger, pour survivre,
les gens mangent des plantes sauvages !
Ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi il y a toujours une famine : il faut un minimum de 5 à 7 ans avant de se remettre d'une crise alimentaire. Or, nous sommes confrontés à la même situation tous les 3 ans…
Pourquoi cela revient-il ? Est-ce un problème climatique ?
Tout le monde sait qu’au Sahel, la pluviométrie est un peu capricieuse. Par ailleurs, le changement climatique est manifeste ces dernières années et renforce cette situation.
Pour beaucoup en quête de ressources, c’est
l’exil au Nigéria, au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Lybie, en Algérie. Des villages entiers sont devenus déserts. Seules les vieilles personnes et quelques femmes sont restées.
La "main vigoureuse" part… Qui va travailler la terre et produire pour demain ?
De même, si la saison est bonne, l’année prochaine, il faudra rembourser le prêt contracté auprès des voisins ou des connaissances pour s'en sortir cette année. Et cela réduira d'autant le budget alimentaire des familles.
Et l'inscurité alimentaire va grandissant...
Vous êtes pasteur et responsable d'une structure humanitaire chrétienne là-bas : que faites-vous ?
Lorsque certaines structures dites « humanistes » interviennent, c’est souvent pour profiter de la situation de faiblesse des gens, pour en retirer quelques intérêts.
En soi,
notre action est différente car elle se fait dans la crainte de Dieu et dans l'amour envers notre prochain.
Pour avoir plus d’impact, il faudrait un meilleur développement des structures chrétiennes. Mais dans des pays à l’exemple du Niger (99% musulman), ce n’est pas facile de s’imposer.
Il faut se battre pour se faire connaître, pour avoir les autorisations, pour faire taire les rumeurs.
Actuellement, avec l’appui du S.E.L., nous donnons de quoi vivre à une population très vulnérable.
Mais ce n'est bien sûr pas suffisant :
nous faisons notre possible pour préparer leur avenir. Ce qui est important pour cela, c’est d’initier des projets à long terme.
Pouvez-vous décrire le type d'actions que vous menez actuellement ?
Nous cherchons à trouver un mécanisme :
- pour
garder les bras valides sur le terrain afin qu’ils puissent continuer à travailler.
Nous avons initié un projet qui permet de donner du travail et donc de l’argent aux chefs de famille
- pour récupérer les terres appauvries parce que trop souvent utilisées, restaurer les sols.
Il existe des te
chniques simples et efficaces pour optimiser les rendements : nous pouvons les mettre en oeuvre avec parfois juste un peu de moyens...
Vous pensez donc que des projets de type agricole peuvent aider sur le long terme ?
Tout à fait. La distribution gratuite, cela relève du court terme. C'est important et doit être fait.
Mais, il est important de voir les choses sur le long terme. Puisque l’Afrique occidentale est agriculturale et est une zone d’élevage, ces projets sont donc la porte de sortie.
Si l’on analyse les choses au point de vue humain, cette situation de famine est effrayante. Ça fait trembler !
Mais en tant que croyants, nous disons qu'avec Dieu, nous pouvons changer les choses.
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