Qui dit « action humanitaire » pense souvent : « personnel occidental expatrié pour une mission à court, moyen ou long terme ». Ce type d’engagement constitue un idéal pour plusieurs dans notre société, en particulier parmi les jeunes : beaucoup rêvent de partir sur le terrain pour aider.
Mais « sur le terrain », justement, quelle est la meilleure approche ?
Les médias ne nous montrent pas tout !
Grâce aux médias, nous pouvons connaître quelque chose de la pauvreté dans les pays du Sud. La télévision et Internet nous donnent accès à des informations et à des images :
- Des famines
- Des catastrophes naturelles
- Des guerres
Nous avons ainsi une première idée des situations de détresse que vivent les populations pauvres très loin de chez nous.
Par contre, il est beaucoup plus rare d’entendre parler :
- Des progrès dans la lutte contre la pauvreté
- Du travail qui s’accomplit sur place sans la présence d’expatriés, avec des organismes locaux et du personnel local
Parfois, des organisations chrétiennes locales prennent des initiatives en faveur des pauvres sans soutien extérieur.
Les chrétiens des pays du Sud ne nous attendent pas pour s’efforcer d’accomplir le commandement :
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! »
Ils n’ont pas besoin que nous venions dans leur pays pour le mettre en pratique à leur place !
De quoi ont-ils besoin alors ?
- De moyens financiers
- De conseils techniques ou de formations
- D’être mis en relation avec d’autres personnes travaillant dans le même domaine…
Bien sûr, ils peuvent aussi avoir besoin de la présence de missionnaires et d’expatriés. Leur aide est la bienvenue lorsqu’elle apporte ce qui n’est pas disponible sur le terrain. Mais elle est
mal placée lorsqu’elle
se substitue à ce que des organisations du pays, en lien avec les populations concernées, seraient elles-mêmes en mesure de réaliser.
La meilleure manière de s’assurer que les fonds envoyés dans un pays en développement sont bien employés n’est-elle pas d’avoir du personnel permanent sur le terrain ?
Quand on travaille en partenariat, il faut
apprendre à faire confiance… et il est vrai que la confiance peut être déçue (mais on peut aussi être déçu avec du personnel expatrié !). On peut pourtant organiser des mécanismes de contrôle de l’usage des fonds envoyés.
- Travailler en réseau. Il sera d’autant plus facile de se renseigner sur une association locale que l’on aura des contacts avec d’autres organismes chrétiens ou avec les unions d’Églises du pays.
- Apprendre à connaître l’association partenaire par des visites sur place. Attention, ces visites ne consisteront pas à faire le travail à la place de l’organisation locale, mais à regarder comment les choses se passent.
- Recevoir des rapports documentés sur l’utilisation des fonds.
- Commencer par subventionner un projet de taille modeste avant de passer à un partenariat plus conséquent.
- Faire intervenir une personne externe pour un audit.
- Interroger les bénéficiaires du projet : les habitants du village sont-ils satisfaits du travail de l’organisation locale ?
En quoi le fait de travailler avec des organisations chrétiennes est-il important ?
- Le cadre dans lequel les organisations chrétiennes travaillent est souvent plus large que l’aide sociale : elles ont à cœur les besoins spirituels de leur prochain.
- Les organisations chrétiennes locales sont bien placées pour agir d’une manière appropriée à leur contexte, tout en mettant leur foi en action.
- En soutenant leurs initiatives, nous multiplions leurs occasions de faire le bien autour d’elles et aussi de transmettre le message de l’Évangile.
Alors, faut-il renoncer à partir en mission humanitaire ? Discutons-en, mais quoi que nous répondions, cherchons à valoriser l’engagement social des chrétiens des pays du Sud.
D'après un article paru dans Horizons Évangéliques, septembre-octobre 2010.
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