On ne saurait citer de verset biblique faisant office de réponse toute faite à la question soulevée : notre mission est-elle avant tout d'ordre caritatif (du mot charité : secourir les victimes de la pauvreté) ? Ou avons-nous également la responsabilité d'une action sociale au sens premier du terme, c'est-à-dire touchant au fonctionnement de la société – donc, en fait, politique ?
Sans doute est-ce une question de vocation (et de responsabilité) personnelle, mais aussi de contexte historique.
La charité, un risque ?
John Stott pose la question en ces termes :
" Certaines situations de détresse ne peuvent se résoudre sans une véritable action politique.
En cherchant uniquement à venir en aide aux personnes en difficulté, ce qui est certes louable, on risque de justifier et d'excuser la situation qui cause leurs souffrances.
Donner de la nourriture à ceux qui souffrent de la faim est toujours une excellente chose, mais il est encore préférable de supprimer les causes de la famine.
Ainsi si nous aimons notre prochain et désirons vraiment le servir, notre service devra peut-être passer par l'action politique."
"Devra peut-être passer", dit prudemment l'auteur…
Pourquoi cette prudence ?
Les chrétiens évangéliques, en raison du
regard pessimiste qu'ils portent sur le monde voué au jugement, et aussi de leur statut minoritaire et généralement dépourvu de reconnaissance officielle par l'Etat, ont manifesté, du moins jusqu'à récemment,
peu d'attirance pour l'engagement politique.
Ou, quand ils s'y sont risqués, ils se sont plutôt concentrés sur des
problèmes liés à l'éthique individuelle (mœurs sexuelles et familiales).
Compromis et compromission
Inexpérimentés et démunis face à la complexité des problèmes économiques, ou marqués par une
volonté d'absolu qui n'a
pas de prise sur le concret, ils tendent à confondre "compromis" et "compromission".
Or, selon le Petit Robert , le premier de ces termes signifie
"arrangement dans lequel on se fait des concessions mutuelles"-
ce qui est moralement légitime voire nécessaire – et le second
"acte par lequel on transige avec sa conscience" –
ce qui est à proscrire !
Il n'y a
pas de politique sans compromis (sauf pour les dictatures…et ceux qui prétendraient instaurer le Royaume de Dieu sur la terre !).
Mais
il y a des politiciens, chrétiens ou non, qui
refusent les compromissions, même si le combat est difficile.
Il en faudrait un plus grand nombre !
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