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20 Août 2007 - Actualité christianisme, société, religion
Dossier inédit : Les prétendants au Trône céleste !
Par Paul Ohlott
France  |  Source : TopInfo  |  Lu 6905 fois  |  71 votes

Sergei travaillait dans un commissariat en Russie, Roger était employé dans une entreprise Thomson en France, Norman quant à lui était un footballeur américain… Bien que menant des vies très différentes, ils ont aujourd’hui un point commun et non des moindres : Ils pensent être la seconde incarnation de Jésus-Christ ! Les gourous se comptent par milliers, mais qu’en est-il des prétendants au Trône céleste ? Quels sont les principaux faux Christ encore en activité ? Quels sont leurs profils et quel message délivrent-ils ? Selon les experts, et notamment Gérard Dagon, spécialiste des sectes depuis 55 ans, il y aurait eu environ 150 faux messies depuis l’ascension de Jésus-Christ, et ils n’ont jamais été aussi nombreux qu’au cours de ces deux derniers siècles…

 

Enquête réalisée par Paul OHLOTT, pour le TopChrétien.

 

 

>> Jésus serait en Sibérie !

 

Jésus a une adresse postale, un téléphone, un site Internet... Et aux dernières nouvelles, pour sa seconde venue, il n’aurait pas opté pour le soleil ardent d'Israël mais pour la vaste étendue désertique et le froid polaire de Sibérie. Le journaliste Kevin Sullivan, du Washington Post, s'est intéressé à un étrange personnage barbu de 46 ans qui affirme être une réincarnation de Jésus-Christ en personne. Aujourd'hui, cet homme répondant au nom de Sergei Torop, est le leader spirituel de plus de 5000 fidèles totalement dévoués. Des milliers de nouveaux groupes religieux se sont formés ces dernières années aux quatre coins du monde. Mais l'Eglise du Dernier Testament, fondée par cet ancien policier sibérien, est l'une des nouvelles communautés qui connaît le plus grand succès en Russie. Pour nombre d'experts, cet attrait est la conséquence d'un rejet massif pour les religions traditionnelles.

 

Sergei Torop habite à 3200 km de Moscou. Régulièrement, il descend du haut de sa montagne pour aller à la rencontre de ses fidèles. Ces derniers s'inclinent alors devant lui et l'adorent. Selon ses commandements, l'alcool, les drogues et la cigarette sont fortement déconseillés. En outre, les fidèles sont invités à respecter un régime strictement végétarien. Son enseignement met également l'emphase sur le respect de l'environnement, un thème très à la mode. Auteur du livre «Dernier Testament», publié en neuf volumes, Sergei Torop propose en tout  61 commandements. Parmi eux, on peut trouver : «Sois pur dans tes pensées», «Fais de bonnes actions au-delà de toute mesure», «Ne détruis rien sans raison»...etc.

 

Jésus est une marque

 

Ses fidèles sont persuadés qu'il est la seconde incarnation du Christ, comme en témoignent les propos de Lyuba Derbina, une femme de 44 ans, qui déclare pour le Washington Post : «Quand je l'ai vu, mon coeur me disait : C'est lui, c'est le docteur que j'ai attendu toute ma vie. Oui, je crois qu'il est Jésus-Christ. Je le sais comme je sais que je respire». Galina Oshepkova en est tout autant persuadée : «J'ai senti mon coeur battre à toute allure et j'ai su. C'est la vérité, c'est Lui. Il est la seconde incarnation de Jésus-Christ». Comme la plupart des 5000 fidèles, Galina Oshepkova a tout abandonné. Elle a remis son appartement et toutes ses possessions à ses deux fils pour immigrer en Sibérie et se rapprocher de Sergei.

 

Alexander Dvorkin, l'un des plus grands spécialistes russes concernant les nouvelles religions décrit Sergei Torop comme un «leader charismatique exploitant des fidèles vulnérables». Des anciens adeptes s'insurgent également contre ce faux Christ. Maria Karpinskaya, 55 ans, a fait la connaissance de Sergei Torop en 1992. Dévouée pendant trois ans, elle ouvre les yeux et se met à dénoncer l'usurpateur : «Il revendique l'identité de Jésus uniquement pour des gains personnels, il ne croit pas réellement qu'il est le Christ, il est simplement un manipulateur. Pour lui, Jésus est une marque». Une marque très en vogue (Lire l’article : Un black, une femme et un footballeur).

 

Quoi qu'il en soit, ce nouveau Christ est bien différent de celui de la Bible. Sur le plan familial tout d'abord, Sergei Torop est marié et père de six enfants. Côté sanctification, son site Internet propose un calendrier 2007 où l'image représente une femme nue aux côtés d'une licorne. Quant à son histoire, elle est complètement rocambolesque. Il raconte que lorsqu'il effectuait des patrouilles de nuit, en tant que policier, il était attiré par les étoiles. «Je sentais clairement que les étoiles étaient ma maison», affirme-t-il. Et c'est à l'âge de 29 ans qu'il prétend avoir pris conscience de sa nature divine. Il explique à qui veut le croire : «J'ai compris que Dieu m'a commandité sur Terre, parce que la haine, la guerre et la dégradation de l'environnement sont devenues trop importantes». Et le Très-haut lui aurait confié : «Pour faire, ce que je suis appelé à faire, j'ai besoin d'avoir un corps humain. C'est la première fois que j'avais besoin de cela depuis 2000 ans, car la situation est critique».

 

 

 

>> Un Black, une femme, et un footballeur

 

Sergei Torop n'est pas le premier à revendiquer l'identité du Christ. Le phénomène des faux Christ est planétaire et aucun ne manque d'imagination pour convaincre et recruter des adeptes. Actuellement, les nominés répertoriés seraient encore au nombre de treize. Aux Etats-Unis, mais aussi en France, en Allemagne, au Brésil, Moyen-orient et Asie. Sur la Terre de l’Oncle Sam, le plus étonnant se nomme Yahve Ben Yavhe (Dieu, Fils de Dieu). Il s’est révélé comme le Christ en 1990, il est noir et originaire de la Nouvelle Orléans. Son message est clair : «Dieu n’aime pas les Blancs». Il a fondé L’Eglise Chrétienne Moderne, située à Atlanta et persévère malgré des problèmes avec la justice, et plusieurs passages en prison pour des détournements d’argent. Rien ne l’arrête ! Mais le Christ ne cacherait pas non plus sa féminité, si on en croit les paroles d’Erika Bertschiner, une femme qui approche les 65 ans et qui se fait appeler le Christ Uriella. C’est dans la forêt noire, en Allemagne, qu’il est possible de la rencontrer. Elle se promène en robe blanche et prétend être le Christ. Lors de ses rassemblements, elle est suivie par quelques centaines d’adeptes venant du monde entier. Autour de son cou, elle porte un collier qu’elle affirme être miraculeux. Elle connaît également des problèmes avec la justice.

 

Le Bonheur n’a pas de prix…

 

Non loin d’Erika, réside André Biry. Né à Colmar en 1967, il s’est installé à Saint Louis en 1987 pour ouvrir un cabinet de psychanalyste. C’est alors qu’il aurait découvert sa véritable identité. Il est le Christ. Il a rédigé un petit livre qu’il a intitulé la Bible. Entre 1989 et 1991, il a convaincu une trentaine d’adeptes et leur a extorqué près de huit millions de francs. Ses promesses étaient aguichantes : Guérir toutes les maladies, dont le Sida, et donner le Bonheur a ses disciples. Vingt-cinq plaintes ont été déposées à son encontre. Condamné à deux peines de 5 ans de prison ferme, il ne les a jamais effectuées, car le messie s’est enfui ! L’autre disparu de la circulation en France, moins connu, mais toujours en vie, c’est Arnaud Mussy. En novembre 2004, le tribunal correctionnel de Nantes l’a condamné à trois ans de prison avec sursis. Prétendant être Jésus-Christ, il dirigeait une secte appelée Néo-phare. Après avoir annoncé une apocalypse imminente, un des adeptes s'est suicidé en se jetant sous une voiture, les bras en croix. C’était le 14 juillet 2002. Depuis, Néo-phare a cessé son activité.

 

La France, aussi laïque soit-elle, n'est pas épargnée par cette vague messianique ! En 1954, un employé de Thomson se fait à son tour connaître comme étant le vrai messie. En 1975, il fonde le Centre d’Harmonie Universelle. Baptisé le Christ de Loriol, Roger Quatremere averti le monde que si les gens ne se convertissent pas à lui, nous subirons des catastrophes nucléaires. Son mouvement ne dépasse pas la centaine de fidèles. Enfin, dernier Christ révélé de l’Hexagone, Jean-Pierre Gallicano ne se prétend pas être une réincarnation, mais un successeur. C’est en 1990 que sa vraie nature divine s’est révélée à lui. Il affirme que Jésus ne serait pas mort sur la Croix, mais qu’il s’est rendu en Inde, et l’aurait désigné comme son successeur à venir avant de mourir. Jean-Pierre Gallicano s’est installé à Fréjus et a ouvert un cabinet dentaire… Bien qu’il ne soit pas diplômé en la matière !

 

Cependant ces petits Christ français ne connaissent pas un rayonnement important. C’est aux Etats-Unis que les faux messies parviennent parfois à se placer en haut de l’affiche. On pense notamment à Charles Manson, un gourou charismatique, qui a attiré dans les années 70 une quinzaine de jeunes américains dans un délire post-hippie et surtout meurtrier. Le plus grand serial-killer des Etats-Unis, le plus connu et le plus débattu, se prétendait être Jésus-Christ revenu sur Terre, et lorsqu'il ne pratiquait pas d’orgies ni ne commanditait de meurtres, il prophétisait l'imminence d'une apocalypse où les Blancs et les Noirs s'extermineraient sans merci. Selon Charles Manson, les quatre chevaliers de l'Apocalypse n'étaient autres que les Beatles. Et leur chanson "Helter Skelter" devait être le prélude de l'Armageddon. A près de 73 ans, il demeure toujours en prison.

 

Plus grand que Jésus

 

Originaire de Corée du Nord mais résidant aux Etats-Unis, le Révérend Moon est plus célèbre encore. Fondateur de l'Eglise de l'unification, il s'accapare le rôle du second messie venu sur Terre pour compléter l'oeuvre inachevée de Jésus-Christ. Sa prétention est telle qu'il affirme être le seul à pouvoir interpréter le message biblique déformé à travers les siècles. La finalité de sa mission serait l'établissement du royaume de Dieu sur Terre. Le 14 juin 1976, dans une interview, il déclare : «A l'âge de seize ans, j'ai rencontré Jésus-Christ dans la campagne coréenne. Depuis cette rencontre particulière, j'ai toujours été en constante communication avec le Dieu vivant et les saints, y compris Jésus. Dieu m'a destiné ou m'a choisi... Nous sommes à une époque messianique. Il y a deux mille ans, Jésus-Christ ne dit jamais lui-même qu'il est le Messie, sachant que cela ne servirait pas son but. Je ne dis pas : je suis le Messie. J'accomplis fidèlement les instructions de Dieu». Il convainc ses fidèles qu'il est le seul espoir pour l'Humanité, et qu'il est plus grand que Jésus-Christ. Agé de 87 ans, son mouvement pourrait s’affaiblir dans les prochaines années. La relève messianique est malgré tout assurée ! D’autres tentent leur chance, comme Norman Bloom, un footballeur américain qui cherche à recruter des adeptes par le biais du sport. Il transmet son message divin au travers du journal «The New World», mais son mouvement ne revendique pas plus d’un millier de disciples.

 

Parmi les derniers nominés pour le Trône céleste, se trouve Faustino de Brito, un ancien prêtre italien, né le 22 mars 1948. Un jour, en pleine messe, il s’est révélé être le Christ, s’est mis en colère et à tout renversé. Exclu par le Vatican, il s’est envolé pour le Brésil et a fondé son propre groupe en 1982. Aux dernières nouvelles, il déclare posséder des disciples au Paraguay, Uruguay, Vénézuela, Espagne, Grande-Bretagne, Luxembourg et Monaco. Le 5 février 1962, c’est au tour du « Mahdi » (Messie) de se révéler comme la seconde venue de Jésus-Christ, mais il essuie des ennuis avec la Rose-Croix, pour avoir utilisé des documents de la secte. Son rayonnement au Moyen-Orient est minime. Et enfin, c’est en Inde que vit aujourd’hui encore un «avatar cosmique» du Christ. Il répond au nom de Sathya Sai Baba. Il affirme qu’il est le fils unique décrit dans Jean 3 v 16 et prétend avoir opéré toute une série de miracles. Agé désormais de 81 ans, il se promène en longue robe orange. Et quand il parle, ses pieds reposent sur un coussin afin qu’il n’y ait pas de contact direct entre sa pensée et la Terre corrompue. Il revendique un million d’adeptes et prophétise sa mort pour l’année de ses 95 ans.

 

Ils n’ont pas vaincu la mort…

 

Le 20ème siècle en a connu d’autres, plus ou moins récemment décédés, et non ressuscités ! Aux Etats-Unis, on se souvient du célèbre David Koresh, chef du mouvement sectaire des davidiens. Il se prenait pour le Messie et a conduit à la mort 86 personnes en avril 1993. Il se présentait comme l’Agneau évoqué par l’Apocalypse, celui qui pourra ouvrir les Sept sceaux, déclenchant la fin du monde. Au Japon, le Christ s'appelait Shoko Asahara, et le 20 mars 1995, la secte de la Vérité Suprême de Aum a causé la mort de dix personnes et l'intoxication au gaz sarin de plus de 5000 usagers du métro de Tokyo. Cet ancien acupuncteur de 40 ans avait réussi à bâtir un empire très riche sur lequel il régnait en maître tyrannique, avant d'être condamné à mort par pendaison le 27 février 2004.

 

La France n’a pas été en reste non plus. Le plus célèbre fut sans douter George Roux (1903-1981). En 1954, l'ancien facteur affirma publiquement qu'il était une nouvelle incarnation du Christ, et fonda l'Eglise Chrétienne Universelle devenue aujourd'hui l'Alliance Universelle. Il fut surnommé «Le Christ de Montfavet», du nom de la commune où il résidait. Dans ses 3 ouvrages publiés en 1950-51, on peut découvrir que Jésus n'était pas le fils de Dieu, mais un guérisseur parmi tant d'autres, que les Evangiles relèvent de la légende, que le péché originel n'existe pas, et que la fin du monde interviendrait le 1er janvier 1980 au plus tard... Le Christ de Montfavet s'était même présenté aux élections législatives du 2 janvier 1956, en proposant que Dieu devienne le chef du gouvernement, et en promettant une place au paradis pour les bons électeurs. Son mouvement compte aujourd'hui près de 1000 membres en France, et 2000 en dehors. Ses deux filles ont repris le flambeau à sa mort.

 

A la même période, toujours en France, Gilbert Bourdin, décédé en 1998, s'était fait connaître comme la réincarnation de Pythagore, de Jésus, de Mahomet et de Napoléon ! Une étrange fusion. Fondateur de L’Ordre des Chevaliers du Lotus d’Or dans les années 1960, il se proclame devant les caméras de télévision «Messie Cosmo-planétaire». Une statue de 33 mètres de haut a été édifiée en un temps record, à sa propre gloire. Accusé de viol sur mineure, l'ancien instituteur martiniquais passe quelques jours en  prison en 1995. Et le 30 juillet 1998, la statue et son socle sont démolis sous la décision du tribunal de Digne.

   

Au cours du 20ème siècle, et à l’échelle mondiale, 33 personnes ont revendiqué l’identité du Christ.

 

 

   

>> Interviews de Gérard Dagon et Suzanne Poirier

 

Gérard Dagon (G.D.) effectue des recherches sur les sectes depuis 55 ans. Auteur de nombreux ouvrages épuisés comme «Les sectes en France» ou «Les sectes à visage découvert», il enseigne également dans quatre écoles bibliques. Aujourd’hui, il est le Président de Vigi-sectes, une association chrétienne fondée en 1997. Pour sa part, Suzanne Poirier (S.P.) est psychosociologue et réside à Montréal, au Québec. Conférencière et auteur de plusieurs travaux sur les sectes, elle est présidente de l’association «Opération Survie». Propos recueillis par Paul Ohlott (P.O.)

 

P.O. : Le phénomène des faux Christ est-il récent ?


G.D. : Depuis la venue de Jésus-Christ, on comptabilise environ 150 faux Christ (Voir : Les Faux Christ au fil des siècles). Et les premiers n’ont pas tardé à venir, puisque dans le livre des Actes, il y a un certain Juda le Galiléen, qui avait attiré quelques personnes par son discours. Et au cours de tous les siècles jusqu’à nos jours, on a été confronté à des messies en tous genres. Néanmoins, la plupart n’ont connu que très peu de succès. Celui qui a battu les records, c’est le fameux Christ Noir aux Etats-Unis, qui se faisait appeler «Father Divine» (Père divin). C’était au siècle dernier et il avait entre 200 et 300.000 adeptes. Il déclarait que Dieu l’avait envoyé pour montrer au monde qu’il n’était pas raciste. Une majorité de ses disciples étaient des Noirs.

 

C’est Moon qui possède la plus grande structure 

 

P.O. : Et actuellement, les prétendants sont-ils encore nombreux ?

 

S.P. : Les groupes officiels, répertoriés par les spécialistes, et actuellement en activité, ne dépassent pas la dizaine. C’est Moon qui possède la plus grande structure. Mais nous avons d’autres personnes comme Eugène Richer, dit La flèche (1871-1925) qui se prenait non pour le Christ, mais pour le Saint-Esprit. Il prétendait officiellement être la troisième personne de la Trinité. Son mouvement, la Mission de l’Esprit Saint existe toujours au Québec. Il faut savoir aussi que tous les faux messies ne sont pas répertoriés. Plus les mouvements sont marginaux, plus ils sont difficiles à repérer et dévoiler.

 

G.D. : Oui, et quand on recense les faux Christ, on ne parle pas de ceux qui sont malades et qui dans leur folie se prennent pour le Christ. Dans tous les asiles de fous, il y a des Jeanne d’Arc, des Napoléons, des Jésus-Christ…etc. On note uniquement ceux qui ont fondé des mouvements en prêchant qu’ils sont le Messie.

 

P.O. : Gérard Dagon, vous avez été en contact avec quelques-uns d’entre eux. Qu’avez-vous retenu de ces rencontres ou correspondances ?

 

G.D. : J’ai correspondu avec Georges de Montfavet. Il se prenait pour le Christ. Et quand il écrivait « Je » ou « Moi », c’était avec un J et un M majuscule. Il m’a invité à me tourner vers lui. Et quand il est décédé, ce sont ces filles, Geneviève et Jacqueline, qui ont poursuivi le travail. Et elles m’ont aussi écrit. Par ailleurs, j’avais connu un autre Christ répondant au nom d’Emile Dauphin, il habitait en Moselle. Il faisait des conférences, et j’ai assisté à l’une d’elles. Emile Dauphin essayait de démontrer qu’il était le Christ en 19 points. Je suis allé le voir après la réunion, à son hôtel particulier, et il m’a dit que l’argument qui allait me convaincre c’était que depuis que le Christ a eu le côté percé sur la croix, il a encore les marques de cette blessure. Il me l’a d’ailleurs montré. Mais en faisant quelques recherches, j’ai découvert que c’était une blessure qui provenait de la bataille de Verdun… Ce n’est donc pas tout à fait la même chose. Il m’avait dit que le mot dauphin signifiait «Le fils du roi», et que c’était là une autre preuve. Comme Dieu est le Roi, il est fils de Dieu. Le problème, c’est que c’est valable pour tous les dauphins de France et de Navarre ! Il avait créé le Mouvement pour la paix Intégrale, en Lorraine, mais ça n’existe plus et lui-même est décédé. A ma connaissance, il n’y a plus aucun disciple. J’avais rencontré personnellement un troisième faux Christ, mais il n’avait que 3 fidèles et à sa mort sa secte s’est éteinte.

 

P.O : Ces faux messies sont-ils des mystiques sincères ou majoritairement des charlatans ?

 

G.D. : Presque tous sont persuadés qu’ils le sont ! Et ils iraient jusqu’à la mort pour leurs convictions. Ce sont des gens qui ont une révélation sur le tard. C’est ce qui m’a frappé. Les charlatans sont peu nombreux. En tant que chrétien, on sait que derrière cela il y a réellement la marque de Satan et Jésus avait prévenu qu’il y aurait de faux Christ.

 

Ce sont des religieux, souvent sincères, qui se laissent entraîner dans une dérive mystique 

 

P.O. : Quel profil peut-on établir pour ces faux Christ ? Quels sont les traits que l’on retrouve communément chez eux ?

 

S.P. : L’identification à Jésus-Christ se retrouve surtout dans de petits groupes, de petites structures. Rarement dans de vastes mouvements. C'est-à-dire des communautés de moins de 500 adeptes. Et en général, lorsque des personnes revendiquent l’identité de Jésus-Christ, il y a des actes de violence. Ce sont des personnages autocratiques, ils dirigent leurs fidèles avec une poigne de fer. Comme ils sont divins, leurs disciples ne peuvent rien remettre en question. Ce qu’ils disent n’est que vérité. David Koresh par exemple avait appris la Bible par cœur, et il se présentait comme la Parole de Dieu. Qu’ils se disent messie ou réincarnation de Christ, quand vous étudiez leur histoire, vous remarquez qu’ils ont tous à la base un enseignement spirituel. Et un jour ils ont vécu comme un déclic, une révélation sur le fait que la structure n’est pas correcte et qu’ils ont été choisis pour rétablir la vérité. Certains viennent des Adventistes, Eugène Richer s’est beaucoup inspiré des Témoins de Jéhovah, David Koresh provient d’un mouvement Baptiste,…etc. Ils se rebellent contre l’autorité établie, et se justifient en annonçant qu’ils ont eu des révélations. C’est là que le bât blesse… Comment juger l’authenticité d’une révélation ? C’est complexe. Ce sont des religieux, souvent sincères, qui se laissent entraîner dans une dérive mystique. Cette dérive étant facilitée par le fait qu’ils ne proviennent pas d’une famille stable. Sur le plan psychologique, on se pose les mêmes questions sur ces faux Christ que pour les tueurs en série. Comment en sont-ils venus à disjoncter ? Après, ce ne sont là que des généralisations. Si on s’intéresse à Moon par exemple, l’arrière-plan est très différent. Il a participé à la guerre de Corée, il était dans les services de renseignement, il a vécu un certain endoctrinement, et a découvert une stratégie efficace pour s’enrichir. En tous les cas, tous manifestent un besoin de reconnaissance extraordinaire dans le sens littéral du terme. Ils ont besoin de se croire extraordinaire avec des dons surnaturels.

 

P.O. : Quelles mesures de prudence faut-il adopter pour éviter la séduction de ces mouvements ?

 

S.P. : A cette question, ce n’est pas la psychosociologue qui parle, mais la chrétienne. Lorsque l’on assiste à une conférence portée sur le surnaturel, même si on est emballé, il est nécessaire de rentrer chez soi pour prendre du recul, et confronter les discours de ces personnages charismatiques avec la Parole de Dieu. C’est comme cela que je fonctionne personnellement. Il faut sans cesse se référer à la Bible. Il ne faut pas que la passion étouffe toute analyse critique. Les prédicateurs qui parlent de guérir la planète, ce sont des mégalomanes et non de véritables chrétiens. Ceux qui possèdent le don de guérison provenant de Dieu, en général, ils ne le mettent pas en avant. Loin de toute mégalomanie, ils se tiennent dans l’humilité et rappellent que c’est Dieu l’auteur de la guérison. Les beaux discoureurs qui prêchent que tout peut être réglé en un claquement doigt ne sont pas en accord avec la pensée évangélique. Quand c’est trop facile, trop magique et débordant de prétentions, c’est louche.

 

 

 

>> Les Faux Christ au fil des siècles

 

Au total : 148 faux messies ont été recensés par les spécialistes.

   

1er siècle : 12
2ème siècle : 2
3ème siècle : 1
4ème siècle : 1
5ème siècle : 0
6ème siècle : 2
7ème siècle : 0
8ème siècle : 9
9ème siècle : 0
10ème siècle : 1
11ème siècle : 2
12ème siècle :
9
13ème siècle : 5
14ème siècle : 3
15ème siècle : 5
16ème siècle : 8
17ème siècle : 17
18ème siècle : 13
19ème siècle : 33
20ème siècle : 25


   

On peut constater que le nombre de faux Christ a connu un essor phénoménal au cours des quatre derniers siècles, et notamment depuis le 19ème.

 

 

>> La littérature commence à voguer sur cette vague

 

Rebondissant sur le désir farouche de plusieurs sectes de parvenir à cloner le Christ, à partir du linceul de Turin, l'écrivain Didier Van Cauwelaert fait entrer l'usurpation de l'identité du Christ dans le monde littéraire. Auteur de l'Evangile selon Jimmy (Albin Michel, 2004), il raconte l'histoire imaginaire de Jimmy Wood, un réparateur de piscines du Connecticut, qui apprendrait de la part de l'Administration américaine qu'il est le clone du Christ. Et qu’importe s’il mène une vie éloignée de toute sainteté et piété, le transfert de divinité connaît un effroyable succès…

 
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