9 Juillet 2006 -
Interview de Carlos Payan, le pasteur des catholiques, bourgeois et politiques !

Par
Paul OhlottFrance | Source : TopInfo | Lu 15916 fois | 591 votes
Propos recueillis par
Paul Ohlott
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Carlos Payan est un serviteur de Dieu atypique. En journée, durant la semaine, il est fonctionnaire et travaille au service du président d’une grande collectivité territoriale. Le soir et le week-end, il est pasteur protestant évangélique et exerce depuis trois ans un ministère de guérison. Également fondateur et responsable de «Paris Tout est Possible», Carlos Payan interpelle par le caractère œcuménique de ses réunions, et en raison de sa passion pour les riches qui le conduit à prier pour leur prospérité. Son humour, sa simplicité et son côté un peu provocateur sont les ‘’armes’’ qu’il a choisies pour défendre ses positions, parfois mal comprises des chrétiens évangéliques. Entretien avec un homme étonnant et fervent, qui est passé en 1981 de la génération Mitterrand à la génération Jésus, au grand dam de sa famille, dont le militantisme communiste est affiché depuis de nombreuses décennies. |
Je ne demande pas la permission à la République, mais j’apprends à obéir à Dieu
Paul Ohlott : «
Quelle place le ministère de guérison doit-il avoir au sein de l’Église selon vous?»
Carlos Payan : «
Le ministère de guérison, c’est un ministère de compassion et de miséricorde. Et il n’y a pas d’Église sans compassion. Toutes les églises qui laissent de côté la guérison, s’enferment dans des doctrines de dureté et témoignent de la sévérité des hommes. Guérir les malades nous maintient dans l’humilité, car le taux de guérison est très faible. Acceptons donc cette humilité car c’est le rôle de l’Église de guérir les gens qui souffrent. Dans l’œuvre de la Croix, il y a autant le Salut que la guérison. C’est la pensée grecque qui a séparé les deux. Guérir et sauver, dans la pensée juive, c’est exactement le même verbe. Le problème, c’est que les Français sont influencés par la pensée grecque, alors que nous devrions nous inspirer de la pensée juive. Par ailleurs, la guérison physique est une bénédiction de Dieu qui permet de surprendre les mentalités coincées, causées par l’exclusivité dont s’est accordée la République en terme de droit social et médical. Et lorsque l’Église va prendre sur ses plates-bandes, notamment en ce qui concerne la guérison, elle éprouve des difficultés à le concevoir et l’accepter. Qu’importe, le pouvoir et l’autorité nous ont été donnés il y a 2000 ans, donc personnellement je ne demande pas la permission à la République, mais j’apprends à obéir à Dieu».
Paul Ohlott : «
Il paraît que vous n’êtes pas un chrétien normal, puisque premièrement vous aimez l’humour, et secondement, vous ne prêchez pas un Évangile seulement pour les pauvres, mais y compris pour les riches…»
Carlos Payan :
«(Rires) Quand je lis Jean 3.16, je vois que Dieu a tant aimé le monde. Tout le monde est concerné par son amour. Très souvent, on vous dit à l’église qu’il faut aller dehors pour prêcher l’Évangile, et la première chose que l’on va faire, c’est de parler aux Sdf. Jamais, on ne se rend chez le bourgeois du coin ou chez des personnes socialement élevées. Personnellement, je me fais un plaisir de prier pour tout le monde. Et dans la Parole de Dieu, j’aime ce verset qui dit : ‘’Jésus, l'ayant regardé [le jeune homme riche], l’aima‘’. Aimer, c’est passer du temps et témoigner de la vérité. Donc, j’aime les riches, je prends du temps avec eux, et je leur dis la vérité. Tout comme les pauvres, ils ont besoin de se convertir. Un pauvre et un riche qui souffrent, c’est exactement la même chose, il y a juste l’encadrement qui diffère».
Paul Ohlott : «
Qu’ils soient dans une prison bétonnée ou dans une prison dorée, c’est donc identique…»
Carlos Payan :
«Oui, c’est toujours une prison! Un cancéreux riche ou un cancéreux smicard, c’est un cancéreux! Et Jésus a éprouvé le besoin de guérir les gens indifféremment du fait qu’ils soient riches ou pauvres».
Derrière un sac Louis Vuitton, ou Christian Dior, ou encore sous un costume Boss ou Cerruti, il y a un cœur qui doit être touché par le Seigneur Jésus
Paul Ohlott : «
La bourgeoisie et les élites françaises, que vous côtoyez dans vos salons de guérison, vous apparaissent-elles comme un fardeau imposant?»
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Carlos Payan : «Pour moi, ce n’est pas un fardeau, tout est léger! Le seul joug que j’ai accepté dans ma vie, c’est celui de Jésus, qui est doux et léger. Je ne fais pas de dolorisme en me disant : ‘’Ah, le pauvre pasteur que je suis’’… Pour moi, servir Dieu c’est un bonheur, même si je suis parfois fatigué physiquement. C’est une grâce d’être là où le Seigneur veut. En outre, je parle aux riches de la même manière qu’aux pauvres. J’emploie la même simplicité. La seule chose qui m’impressionne chez les riches, c’est leur manque de Jésus. J’ai beaucoup de peine pour cela. Je prêche dans des maisons luxueuses, des châteaux, des ambassades… Mais ces cadres-là, quels qu’ils soient, ne m’impressionnent plus. Je suis focalisé sur le vide qu’il y a en eux… Derrière un sac Louis Vuitton, ou Christian Dior, ou encore sous un costume Boss ou Cerruti, il y a un cœur qui doit être touché par le Seigneur Jésus. Ce serait terrible qu’il y ait deux évangiles, l’un pour les pauvres et l’autre pour les riches».
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Paul Ohlott : «
Dernièrement, le quotidien Le Monde vous a dépeint comme un ‘’guérisseur évangélique’’. Comment appréciez-vous cette étiquette?»
Carlos Payan : «
Normalement, le titre qui aurait dû être retenu pour cet article, c’est ‘’La foi qui guérit’’. Mais qu’importe. J’assume ‘’guérisseur’’ et ‘’évangélique’’. Seule nuance, c’est que la seule personne qui me permet de guérir des gens, c’est le Christ. Il aurait fallu donc écrire: ‘’Carlos, guérisseur évangélique par la puissance de Jésus-Christ’’. Cet article m’a valu de recevoir beaucoup de courrier et d’e-mails. Il a été lu dans le monde entier, car il est distribué dans les avions, et je trouve que c’est une bonne chose si le monde évangélique retrouve ses lettres de noblesse»
Paul Ohlott : «
Vous travaillez pour un élu. Votre double vie ne vous pose aucun problème?»
Carlos Payan : «
J’informe le ministère de l’intérieur, par Nicolas Sarkozy, de tout ce que je fais. Les élus de tous bords connaissent donc pertinemment mes convictions et ma double vie. L’article 10 de la constitution dit que chaque homme ne doit être inquiété pour ce qu’il croit, qu’il s’agisse d’une foi religieuse ou d’un positionnement syndical et politique. Donc, si j’en crois la constitution française, je ne dois pas être inquiété de quoi que ce soit. Et je refuse d’être inquiété. La République doit accepter que des personnes, même haut placées, soient évangéliques. Ce n’est pas une tare d’être un chrétien évangélique!».
L’amour est beaucoup plus exigeant que la tolérance !
Paul Ohlott : «
Vous êtes par ailleurs le président de Paris Tout Est Possible. Quelle est la vision de cette œuvre?»
Carlos Payan : «
C’est très simple, elle est en trois mots : unité, onction, guérison. Unité, parce que je crois à l’unité de tous les chrétiens et je ne fais exception de personne. J’accepte autant les évangéliques, que les protestants ou les catholiques. Pour moi l’unité, Dieu l’exprime à merveille dans Jean au chapitre 17. Jésus va dire ‘’Je veux qu’ils soient un, afin que le monde croie’’. L’unité produit l’onction et l’onction conduit à la guérison de l’esprit, de l’âme et du corps. Et je souligne que le corps est pour moi la partie la moins importante».
Paul Ohlott : «
Votre ministère suscite justement des interrogations de par le fait que vous travaillez en collaboration avec des catholiques. Jusqu’où défendez-vous l’œcuménisme?»
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Carlos Payan : «Ce n’est pas moi qui fixe les limites, c’est Jésus-Christ. Son désir est que nous soyons Un afin que le monde croie. Si je veux que les Français puissent croire, il faut que je sois Un avec mes frères et sœurs de tous bords. Je suis passé de la tolérance à l’amour. On m’a appris à tolérer, ce qui est la pire des choses, parce que la tolérance fait naître le mépris dans le cœur, et seul l’amour abolit le mépris. Jésus n’a pas demandé que l’on se tolère les uns les autres, mais que l’on s’aime. L’amour est beaucoup plus exigeant que la tolérance! Cela ne signifie pas que je sois d’accord sur tout ce que les uns et les autres disent, pensent ou pratiquent. Quand les gens nous posent des questions, à la manière dont on leur répond, ils savent si on les aime ou non. On se trahit souvent nous-mêmes par nos réponses» |
Il n’y pas de honte pour un chrétien à prospérer et à gagner honnêtement de l’argent
Paul Ohlott : «
Vous priez pour augmenter les bénéfices des hommes d’affaires, ce qui laisse à penser chez un certain nombre de chrétiens que vous fricotez avec l’Évangile de la prospérité… Qu’en est-il réellement?»
Carlos Payan : «
Décidément, il y a beaucoup de chrétiens coincés (rires)! Je ne crois pas à une prospérité facile. Pas de prospérité pour les feignants. Celui qui sème peu, récolte peu et celui qui sème beaucoup, récolte beaucoup. Pendant toute une période j’ai été farouchement opposé à cet évangile de prospérité américanisé. Et Dieu m’a repris sévèrement un jour, en m’humiliant devant un serviteur de Dieu américain qui m’a mis de l’argent dans la main alors que je n’en avais pas besoin. Et j’ai compris à ce moment-là que j’étais blessé intérieurement. Je suis guéri aujourd’hui de cette blessure et je sais pertinemment qu’il n’y pas de honte pour un chrétien à prospérer. Il n’y a pas de honte à gagner honnêtement de l’argent. D’ailleurs, tous ceux qui ne prospèrent pas jouent au loto. Si vous saviez le nombre d’évangéliques qui jouent au loto en cachette… Ils sont contre la prospérité, mais ils rendent prospère la Française des Jeux. On ne dira pas de noms! (Rires)
Il faut laisser Dieu nous apprendre à ne plus être coincés. Jésus n’avait aucun problème avec l’argent, pourquoi en aurai-je? J’ai juste un problème avec l’amour de l’argent. Personne n’est à l’abri du reste, car il y a des pauvres qui sont terriblement amoureux de l’argent, et il y a des riches qui en sont désintéressés. Et bien sûr, il y a des riches avares et des pauvres qui se plaisent à vivre dans la simplicité. On essaie souvent de me vendre tout un tas d’assurances. Personnellement, c’est Jésus et non mon argent qui est mon assurance vie. Il est hors de question que j’enrichisse les banques et les assureurs. Le chrétien doit aimer Jésus plus que tout et considérer l’argent dans une position bien inférieure. Mais, en aucun cas, l’argent ne doit devenir un tabou dans nos églises.
J’aime aussi la prospérité, parce que plus on a d’argent, plus on a de bonheur à le donner à ceux qui n’en possèdent pas. Il faut savoir aussi que Paul nous a dit que si nous ne sommes pas heureux dans la disette, nous ne le serons pas davantage dans l’abondance. Quand je prie pour les hommes d’affaires, la première chose que je leur demande, c’est de se mettre à genoux, de donner leur vie au Seigneur et de Lui confier leur entreprise. S’ils ne le font pas, je ne prie pas. Dans le monde de la finance, il y a énormément d’occultisme… Pourquoi les chrétiens devraient-ils être absents de ce champ de bataille spirituel? Dans l’Ancien Testament, on parle énormément de la prospérité de ceux qui servaient Dieu, même si à l’époque, ça se comptabilisait en nombre de bêtes».
Paul Ohlott : «
Est-ce que vous croyez à la venue d’un réveil en France? Et quels en sont les clefs, selon vous ?»
Carlos Payan : «
Il faut que les chrétiens aillent partout dans le monde et qu’ils deviennent de plus en plus influents par leurs bons comportements, leur honnêteté, leur esprit de service, leur amour… Si le Christ règne dans les cœurs de tous les chrétiens, il règnera en France aussi !».
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