Mat 23.23 : " Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. "
1. 1. Aimer est la priorité.
1.1. Cette scène a permis au Seigneur de mettre en évidence l'importance de la miséricorde.
Elle est, avec la compassion, une des variantes de l'amour.
1.2. À l'occasion d'autres événements, le Seigneur a pu faire des remarques semblables.
Alors qu'on lui reprochait certaines fréquentations, il a pu préciser :
Mat 9.13 : "Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. "
Suite aux réflexions des pharisiens ayant vu les disciples arracher des épis de blé afin de les manger le jour du sabbat, il a fait la mise au point nécessaire :
Mat 12.7 : "Si vous saviez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n'auriez pas condamné des innocents."
Derrière ces situations, se profile ce qui caractérise la foi chrétienne d'une manière quasi exclusive dans l'absolu, l'amour.
1.3. Le but divin est d'amener l'homme au salut.
Ce salut, une fois reçu, se manifeste, entre autres éléments, par le désir et la volonté d'aimer.
La régénération se concrétise par l'amour.
1Pi 1.22 : "Ayant purifié vos âmes en obéissant à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère, aimez-vous ardemment les uns les autres, de tout votre cœur."
Pouvoir aimer comme Christ a aimé est un enseignement nouveau par rapport à l'Ancienne Alliance.
Jean 13.34 : " Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. "
Aimer même ses ennemis est un commandement dont la portée va très loin.
Mat 5.44 : "Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent."
Aimer sans condition préalable distingue le chrétien.
Mat 5.46 : "Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même ? "
Aimer les siens est primordial dans la logique des différents cercles qui nous entourent.
Eph 5.25 : "Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle."
Col 3.19 : " Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles."
Si l'amour est absent de la multitude des préoccupations des croyants, leur doctrine est en train de devenir une fausse doctrine.
1Tim 1.5 : "Le but du commandement, c'est une charité venant d'un cœur pur, d'une bonne conscience, et d'une foi sincère."
Il n'est pas suffisant de se retrancher derrière l'orthodoxie d'un énoncé seulement doctrinal.
1.4. Il faut veiller à ne pas devenir des religieux légalistes qui se sécurisent à tort en vivant de dogmes.
Donner sa dîme est une bonne chose, mais elle ne dispense pas d'aimer et de pratiquer la miséricorde et la compassion.
2. Servir avec amour.
2.1. C'est l'amour qui confère au service chrétien toute sa valeur.
1Co 13.1 : "Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis du bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais (le don) de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture (des pauvres), quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien."
Ce qui est surprenant dans ce texte, c'est qu'il présente des actions qui pourraient sembler être les expressions d'un véritable dévouement.
Or, même ces choses pourraient être faites sans amour.
2.2. Attention à ne pas se tromper.
Le cœur humain étant tortueux, il est capable de pousser à accomplir des actes apparemment charitables, alors qu'un fait, ils ne sont qu'une apparence.
Il pourrait arriver que l'on fasse du bien à l'autre pour se faire plaisir à soi-même et se donner le sentiment du " devoir accompli ".
Il est possible de chercher à satisfaire son égo et son orgueil en donnant l'illusion de faire quelque chose pour les autres.
Se faire valoir, chercher, sans même parfois s'en rendre compte pleinement, une sorte de justification par les œuvres peuvent être des motivations perverses.
Cela pourrait même aller jusqu'à désirer voir des miracles, non par compassion pour les malades, mais pour se glorifier ensuite d'avoir la foi et des dons particuliers.
2.3. L'exemple parfait de Jésus-Christ.
Nous trouvons toujours la compassion à la base de ses paroles, de ses miracles et de ses guérisons.
Marc 10.21 : "Jésus, l'ayant regardé, l'aima, et lui dit : Il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi."
Mat 9.36 : "Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu'elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n'ont point de berger. "
Marc 6.34 : "Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont point de berger ; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. "
Mat 20.34 : "Ému de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et le suivirent. "
Luc 7.13 : "Le Seigneur, l'ayant vue, fut ému de compassion pour elle, et lui dit : Ne pleure pas ! "
2.4. L'exemple du Samaritain.
Luc 10.33 : "Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit."
Nous sommes invités à " faire de même ".
3. Pourquoi la compassion est-elle indispensable ?
3.1. La réalité de la souffrance.
Le monde est rempli de souffrances.
La souffrance est aussi dans l'Église, car les chrétiens n'ont pas reçu un vaccin qui les aurait immunisés contre elle.
1Co 12.26 : "Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui."
La détresse, le désespoir, le découragement, la fatigue figurent parmi les innombrables maux qui atteignent tant de personnes.
Il faut admettre à l'évidence que la souffrance dans l'Église n'est pas toujours aisée à envisager.
Certains, dans des attitudes extrêmes, sont très mal à l'aise devant cette réalité, car ils la vivent comme si Dieu était surpris en flagrant délit de faute ou de non-intervention.
Mais comme la chose ne se peut pas, la culpabilisation de ceux qui souffrent existe parfois à l'état latent dans l'air, comme si l'on voulait disculper Dieu en s'en prenant à l'homme.
On les accuse, souvent à tort, de manquer de foi, car s'ils l'avaient…
Ces attitudes simplistes veulent justifier des schémas quant à une certaine manière d'envisager l'intervention de Dieu à laquelle « il doit ou devrait » se plier.
En réalité, elles expriment un manque de connaissance spirituelle et d'humilité ainsi que, par voie de conséquence, de compassion.
3.2. Dieu a toujours agi à cause de sa compassion.
Exo 3.7 : "L'Éternel dit : J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. "
3.3. Il a utilisé des serviteurs qui ont accepté de recevoir en partage cette même compassion.
Act 7.34 : "J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, j'ai entendu ses gémissements, et je suis descendu pour le délivrer. Maintenant, va, je t'enverrai en Égypte."
C'est à cette condition qu'ils ont pu être prêts à exercer un ministère et à recevoir les dons spirituels.
3.4. Selon l'enseignement de Paul, l'amour est la voie par excellence.
1Co 12.31 : "Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence."
Nous pourrions même aller jusqu'à prétendre qu'aspirer après les dons spirituels, c'est avant tout désirer aimer les hommes en général et son Église en particulier.
Les dons spirituels et le fait de voir des miracles et des prodiges ne sont pas des notions qui sont du domaine de performances que nous aimerions accomplir pour s'en vanter ensuite et voler la gloire à Dieu.
Notre motivation ne doit pas être que l'on parle de nous en tant que personne ou en tant qu'Église.
Elle doit être de soulager la souffrance.
Que Dieu nous garde de le servir sans amour !
Ceci est vrai pour tous les services dans l'Église :
évangéliser, enseigner les enfants, visiter les malades et les perdus ou faire quoique ce soit d'autre.
Tout service doit être un service d'amour et de compassion.
4. Quelques aspects du manque de compassion.
Parler de ce point est assez délicat, car même ceux qui manquent de compassion ont besoin de la nôtre en en parlant !
4.1. Nous osons dire qu'il faut parler des formes les plus grossières du manque de compassion.
Plaisanter, se moquer, tourner en dérision les souffrances des autres est une attitude inacceptable.
Il y a aussi l'attitude intolérable pour un chrétien qui serait de se réjouir des souffrances des autres.
Psa 13.4 : "Que mon ennemi ne dise pas : Je l'ai vaincu ! Et que mes adversaires ne se réjouissent pas, si je chancelle."
La chose peut donc hélas se produire.
Le cœur humain est parfois tellement dur !
4.2. Citons ensuite l'indifférence.
Elle consiste à passer à côté de la souffrance de l'autre en refusant de la voir et de la prendre en compte.
Quand elle est volontaire, c'est tragique.
Luc 10.31 : "Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre."
Elle peut être parfois involontaire à cause d'un manque d'informations.
2Ro 4.27 : "Elle embrassa ses pieds. Guéhazi s'approcha pour la repousser. Mais l'homme de Dieu dit : Laisse-la, car son âme est dans l'amertume, et l'Éternel me l'a caché et ne me l'a point fait connaître."
Il faut noter la différence de disposition de cœur entre Élisée et Guéhazi.
Il ne sera pas étonnant de voir, plus loin dans le récit, ce dernier se trouver sans efficacité devant l'enfant décédé, même en ayant le bâton du prophète en mains.
La compassion est absente de son cœur !
La suite de son existence révélera ses réelles motivations.
Elles étaient basées sur l'intérêt (2Ro 5.26).
4.3. Mentionnons l'égoïsme qui fait que l'on ne voit que par sa seule souffrance personnelle.
Cette attitude rend aveugle par rapport à ce qui accable les autres.
Élie découragé en est arrivé à oublier que son serviteur était aussi en danger.
Il s'est mis à ne plus penser qu'à lui et à sa vie (1Rois 19.3-4).
4.4. Il y a également la peur de voir ce qui arrive autour de soi.
Avant de parler de faire des actes héroïques et de manifester des grands dons ou des ministères particuliers, il suffit parfois de commencer par s'enquérir de prendre des nouvelles des autres, avec délicatesse toutefois.
Un appel téléphonique, un courrier, l'affirmation de prier pour son prochain, le refus de faire des commentaires qui seraient des jugements de valeur à propos de sa foi sont déjà des démarches simples, mais réelles, de compassion.
4.5. Apprendre le désintéressement, servir et secourir par amour sont aussi des notions élémentaires qui vont avec l'exercice pratique de la compassion.
Il faut refuser l'esprit de jugement et de condamnation qui laisserait sous-entendre que celui qui souffre aurait péché.
Même si cela n'est pas dit aussi brutalement, certains silences et certains non-dits le laissent supposer.
N'était-ce pas l'attitude ambiguë qui était celle des amis de Job ?
5. Trouver le chemin de la compassion.
5.1. Il peut être déduit de ce qui vient d'être dit que la compassion est la voie qui conduit au réveil.
Quand elle diminue, quand les cœurs des membres des Églises s'endurcissent, l'indifférence s'installe entre eux, parfois les animosités.
La vie de prière s'en ressent, car elle n'a plus de motivation réelle en dehors du désir de ne maintenir qu'une apparente orthodoxie.
5.2. S'humilier de notre mauvais cœur et de tout ce qui est loin d'être de la compassion.
2Ch 7.14 : "Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s'humilie, prie, et cherche ma face, et s'il se détourne de ses mauvaises voies, je l'exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays."
Dans cette attitude à laquelle nous sommes conviés, il ne s'agit pas de dénoncer le manque de compassion que nous aurions constaté chez les autres.
Il s'agit de s'humilier pour soi-même et de reconnaître nos propres péchés contre la compassion.
Demandons pardon pour tout acte, toute parole, toute pensée de nature méchante ou malveillante.
Souffrons de notre propre indifférence et de notre égoïsme personnel.
5.3. Demandons à Dieu la capacité de compatir.
Si notre sensibilité aux souffrances des autres a diminué ou si elle a disparu, prions Dieu de nous redonner un cœur sensible.
Psa 51.12 : "O Dieu ! crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé."
Rom 15.5 : "Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d'avoir les mêmes sentiments les uns envers les autres selon Jésus-Christ."
Dieu exauce cette demande formulée sincèrement.
Le Saint Esprit donne l'amour et la compassion.
5.4. Certaines expériences personnelles brisent aussi notre cœur endurci.
C'est aussi au travers de nos propres expériences avec la souffrance que nous acquérons la compréhension envers ceux qui sont dans la douleur et que nous parvenons à la compassion.
Psa 119.67 : "Avant d'avoir été humilié, je m'égarais…"
Même avec beaucoup de bonne volonté, certaines douleurs ne peuvent pas être comprises tant qu'elles n'ont pas été vécues concrètement.
Ceci ne veut cependant pas dire qu'il faille désirer souffrir !
C'est Dieu lui-même qui nous conduit sur les voies éducatives qui nous sont nécessaires.
5.5. Refusons toute attitude ou tout commentaire ce qui n'a rien de compatissant.
Il faut bannir les critiques, les mépris, les jugements et les méfiances maladives.
Une vérité difficile à dire est cependant parfois constatable en milieu chrétien, et c'est paradoxal par rapport à la réalité qui devrait exister.
Il est arrivé de s'apercevoir que celui qui souffrait et qui n'était pas guéri avait parfois le sentiment d'être une anomalie, voire un interdit dans l'Église !
Il s'accuse de ne pas être guéri et d'être un contre-témoignage.
Ces sentiments sont cruels dans le cœur de ceux qui sont travaillés de cette manière.
Il faut tout faire pour en soulager ceux qui en sont animés.
Il arrive que, parfois, ils n'osent pas même les exprimer.
Il est certain que la foi a permis à certains d'être miraculés, selon toutes les dimensions de ce terme.
Pour d'autres, qui ont aussi la foi, les voies de Dieu sont différentes.
Relisons bien Hébreux 11 jusqu'à la fin.
Heb 11.36 : "d'autres subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison ; ils furent lapidés, sciés, torturés, ils moururent tués par l'épée, ils allèrent çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités, eux dont le monde n'était pas digne, errants dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre."
Nous constatons donc que la gamme des applications pratiques de la foi est bien plus étendue que certains schémas de réflexion pourrait laisser supposer.
N'excluons pas de la liste des héros de la foi ceux qui supportent avec courage des souffrances et des douleurs qui durent !
Ils sont des modèles qui encouragent à tenir envers et contre tout.
Jac 5.10 : "Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion."
6. Le fruit de la compassion.
6.1. Nous avons déjà parlé des guérisons, du réveil.
6.2. La compassion doit se trouver à la base de notre service pour le Seigneur.
6.3. La compassion est aussi le secret de l'intercession que Dieu entend.
Ce que Pierre a enseigné sur la sagesse est aussi vrai pour la compassion et l'amour.
1Pi 3.7 : "Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec vos femmes, comme avec un sexe plus faible ; honorez-les, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. "
Qu'il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières.
Jac 1.5 : "Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée."
Eph 3.16 : "que le Père vous donne, selon la richesse de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi ; afin qu'étant enracinés et fondés dans l'amour, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l'amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu'à toute la plénitude de Dieu."
