Hé 12:1-3
Ps 34:9-11
Frustrer signifie priver quelqu'un de ce qui lui est dû, d'un bien ou d'un avantage qu'il s'attendait à recevoir légitimement ; décevoir quelqu'un dans son attente. Syn. : décevoir, désappointer, léser, déposséder.
La Parole dit que ceux qui cherchent Dieu ne seront privés d'aucun bien. Peut-il donc arriver qu'un chrétien soit frustré ?
A la réflexion, il existe des frustrations qui n'en sont pas à 100 % et qui ne sont que des conséquences logiques de vie plus ou moins conformes à ce que Dieu attend.
Il existe aussi et surtout des frustrations d'origine "psychologique", qui proviennent des conflits de l'âme, par ex. : ne pas être compris, suivi, respecté, obéi ; être accusé, trahi, méprisé. Ces frustrations engendrent des sentiments d'échec ou pour le moins des interrogations.
L'homme selon certains psychologues est comme une pyramide, avec, à la base des besoins organiques, surmontés de besoins de sécurité, puis de reconnaissance et enfin de satisfaction d'un idéal. Le 1er niveau est purement matériel. La foi se situe au niveau le plus élevé (l'idéal).
La Bible inverse la pyramide. Elle dit que nous avons tout pleinement en Jésus-Christ. La foi donne d'abord une identité, puis une assurance, une sécurité spirituelle et enfin toutes choses (matérielles : besoins organiques) sont données par dessus.
Malgré ces dispositions pleines de promesses encourageantes, il peut nous arriver, dans les difficultés et les frustrations, d'atteindre certains seuils de saturation qui, s'ils sont dépassés, peuvent conduire "à la casse", comme un véhicule qui va trop vite dans un virage. Par contre, si ces virages sont bien négociés, nous en sortons enrichis.
Nous allons voir trois types de frustrations :
- Celles qui n'en sont pas.
- Les frustrations aux raisons apparemment légitimes, mais que Dieu n'approuve pas.
- Diverses autres frustrations liées au service.
A) les frustrations qui n'en sont pas.
Luc 14:25-26 - 1Pi 4:1, 2 et 12-16
Une chrétienne encore jeune confia à D. Hébert sa crainte de la mort. Pour l'aider à surmonter cette peur, il lui cita tous les versets possibles, mais sans succès. En fait, elle n'était pas d'accord pour que Dieu prenne sa jeune vie, elle n'était pas prête mentalement à cet éventuel départ. D. H. l'invita donc à prier Dieu en disant qu'elle désirait plus que tout accomplir toute sa volonté, y compris quitter cette vie s'il le décidait. Et soudain la peur de mourir la quitta totalement.
La règle est que, lorsqu'on n'a pas tout donné à Dieu, on reste vulnérable dans les domaines qui n'ont pas été livrés, et, rien que le fait de penser à ces points sensibles suffit à déclencher appréhensions et craintes. Il faut donc nous armer mentalement, psychologiquement et spirituellement pour triompher de ces points faibles. Par la suite, si, par exemple le téléphone sonne un jour de congé, nous serons prêts à partir en visite, dans la mesure ou nous aurons pleinement donné notre vie, notre emploi du temps à Dieu.
Il y a trois mots en grec pour traduire le mot vie :
- Zoé = l'existence,
- Bios = la vie physique, organique et ses moyens de subsistance,
- Psyché = la vie profonde, le psychisme, l'âme, cf. Jn 15:13 : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie (psyché) pour ses amis".
Quand il s'agit de donner sa vie à Dieu, cela ne se limite pas au domaine superficiel et extérieur de l'existence ou de la nature physique, il faut tout donner, y compris le domaine profond de la vie intérieure. Sinon Dieu ne peut pas bénir ce qui a été conservé, et cela va engendrer des sentiments de frustration ("pourquoi Dieu ne me bénit-il pas ? pourtant je lui appartiens" alors qu'en fait, consciemment ou non, une partie de nous-mêmes n'a pas été livrée et devient source et terrain de conflit intérieur). C'est alors que l'adversaire, l'accusateur des âmes va trouver un accès (Ép 4:27) et faire grandir le sentiment de frustration jusqu'à l'oppression et l'auto accusation : "tu n'es pas heureux, tu es une victime, c'est de ta faute, Dieu t'abandonne."
Il se peut aussi que la frustration provienne de ce que Dieu nous émonde, pourtant soyons sûrs que Dieu n'a l'intention ni de nous frustrer, ni de nous léser en quoi que ce soit. Dieu n'est pas un voleur, loin de là ! Alors, si nos chemin ne sont pas toujours des voies d'abondance, résistons à la tentation de nous considérer comme des victimes : Joseph, privé de son père, de sa famille, de son pays, de sa culture, emmené comme un esclave, calomnié chez Potiphar, oublié en prison, n'a pas laissé place à la frustration, l'amertume, la ranc?ur ou l'esprit de vengeance. Il a accepté son sort, s'en remettant à Dieu qui a pu ainsi le faire passer par cette école difficile pour le préparer en vue de quelque chose d'infiniment plus glorieux : le règne sur toute l'Égypte.
N'oublions pas que notre baptême d'eau est le symbole du baptême en la mort de Jésus. En nous engageant ainsi, nous donnons en quelque sorte carte blanche à Dieu pour qu'il dispose de nos vies les émonde et les façonne selon sa volonté souveraine.
Job a dit : "L'Éternel a donné" (certes!) mais aussi : "l'Éternel a repris" ! Il ne voit pas là une cause de malédiction, mais au contraire il ajoute : "Que le nom de l'Éternel soit béni !" Cf. Ps 84:6-7 : "Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! ils trouvent dans leur coeur des chemins tout tracés. Lorsqu'ils traversent la vallée de Baca, ils la transforment en un lieu plein de sources, et la pluie la couvre aussi de bénédictions" : Ce n'est pas Dieu qui opère cette transformation, mais ceux-là mêmes qui passent par l'épreuve. Ils y voient la main du Seigneur (chemins tout tracés) et l'occasion de se réjouir (sources) de la providence divine.
Jacob (le supplanteur, l'usurpateur) travaille 7 ans pour l'une des filles de Laban (Rachel = agneau, brebis) mais celui-ci lui en donne une autre (Léa = lasse, fatiguée) ! Il ne s'agit cependant pas du trompeur trompé, car Dieu n'agit pas comme cela, il ne trompe pas celui à qui il a donné le droit d'aînesse. Jacob aussi était en formation. De plus, nous savons maintenant que Jésus, descendant de Jacob, ne fut pas de la lignée de Rachel (qui cachait les théraphim de son père pour les dérober) mais de celle de Léa. En fait le plan de Dieu passait par Jacob et Léa ; l'adversaire aurait bien voulu contrecarrer ce plan en amenant Jacob à se décourager, mais Dieu avait prévu et permis cette difficulté afin de former Jacob (cf. Ro 8:28 : "Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein").
Gardons-nous donc de l'amertume, de la révolte et du dépit, même dans les circonstances apparemment décevantes. Dieu ne trompe ni ne lèse personne, mais il forme, il éduque et il enseigne à compter sur lui en toutes choses. Il considère l'éducation du chrétien comme plus importante que les gâteries passagères. Dieu n'a jamais pour but de punir en frustrant, mais il a pour principe d'éduquer en châtiant. Les deux mots ont d'ailleurs la même racine en grec et en hébreu. Il existe même un mot dans chacune des langues et qui revêt la double signification (châtier, corriger et enseigner, former) : "yada" en hébreu, et "paideuo" en grec.
Nous devons donc nous armer de pensées spirituelles (cf. 1Pi 4:1), parmi lesquelles l'acceptation de la souffrance, inévitable dans le plan divin. Efforçons-nous donc d'être "mentalement" (dans nos pensées)prêts à accepter toute éventualité, Dieu pourra alors nous utiliser pleinement et efficacement.
B) les frustrations aux raisons apparemment légitimes, mais que Dieu n'approuve pas.
Quand le moi n'a pas ce qu'il attend, il se sent frustré. Il s'agit souvent dans ce cas d'orgueil ou d'impatience. Ce fut le cas pour Moïse, lorsque, dans un moment d'humeur consécutif à la pression du peuple, il frappa le rocher par deux fois au lieu de lui parler. Moïse dut en supporter les conséquences en se voyant refuser l'entrée en Canaan.
[Remarque : Il y a là aussi deux autres raisons à la décision divine : Tout d'abord le rocher, c'est à dire Christ ne doit être frappé qu'une seule fois (la croix), cf. Hé 6:6 : "Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés. soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu'ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie". D'autre part la loi (dont Moïse est le symbole) ne peut pas pénétrer dans le pays de la promesse et de la grâce (cf. Ga 4:22-30).]
Dieu ne satisfera jamais le "moi" ou le "moi je" quand il y a une recherche inavouée de la satisfaction de la gloire personnelle ou du prestige. C'est l'un des rares cas où le croyant peut effectivement se sentir frustré du fait de Dieu lui-même.
Jé 1:6
- Gédéon qui, craintif et timide tente de repousser l'appel divin, cf. Ju 6:15 : "Gédéon lui dit : Ah ! mon seigneur, avec quoi délivrerai-je Israël ? Voici, ma famille est la plus pauvre en Manassé, et je suis le plus petit dans la maison de mon père".
- Moïse qui essaie de fuir devant Dieu, en arguant de ses difficultés d'expression, Ex 6:30 : "Et Moïse répondit en présence de l'Éternel : Voici, je n'ai pas la parole facile ; comment Pharaon m'écouterait-il ?"
Mais Dieu ne bat pas en retraite devant ces hésitations. Ce que son serviteur n'a pas, il le lui donne. Il dira ainsi par deux fois à Jérémie : "Je t'établis" (vv.10 et 18). Cependant Jérémie sera tellement éprouvé qu'il aura encore l'occasion d'exprimer de très fortes paroles de dépit :
- La 3:17-18 : "Tu m'as enlevé la paix ; je ne connais plus le bonheur. Et j'ai dit : Ma force est perdue, je n'ai plus d'espérance en l'Éternel !"
- Jé 15:18 : "Pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle douloureuse, et ne veut-elle pas se guérir ? Serais-tu pour moi comme une source trompeuse, comme une eau dont on n'est pas sûr ?".
Voir aussi Ps 73 : Asaph exprime un problème métaphysique qui lui semble insoluble : pourquoi tout semble sourire aux méchants alors que lui est harcelé par des souffrances quotidiennes ? Il en perd la paix jusqu'au moment ou s'approchant de Dieu, il reçoit la révélation du jugement final des méchants (vv. 16-19).
De même dans le Psaume 42, l'auteur se plaint d'être accablé de souffrances, alors qu'il a la responsabilité de réjouir les autres. Mais il adopte une attitude intelligente et positive : au lieu de s'enferrer dans la révolte, il s'efforce de s'approcher de Dieu pour retrouver confiance et espérance, v. 12 : "Pourquoi t'abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore ; il est mon salut et mon Dieu". Voir aussi Ps 77:11 : "Je dis : Ce qui fait ma souffrance, c'est que la droite du Très-Haut n'est plus la même...". Là encore Asaph exprime son désarroi devant Dieu, mais la suite du texte nous montre qu'il va de nouveau se ressaisir, vv. 12 ss. : "Je rappellerai les oeuvres de l'Éternel, car je me souviens de tes merveilles d'autrefois."
Ces hommes sont désappointés et désorientés. En fait il semble qu'il s'agisse plus de débordements liés à la douleur, d'une manière d'évacuer un trop plein que de situations où l'on verrait des individus révoltés, prêts au reniement. Il s'agit de tentations d'ordre purement spirituel, que l'homme de Dieu dans sa droiture exprime tout haut. La situation n'en demeure pas moins dangereuse car elle peut conduire au doute, préliminaire à la chute (cf. Adam et Eve). Ce qui a sauvé Asaph et les fils de Koré à ce niveau de rupture, c'est que justement ils ont fait connaître à Dieu l'objet de leur désenchantement et de leur frustration. Il n'y a en effet pas que les problèmes matériels ou physiques qu'il faut exposer à Dieu. Oublions parfois les charges de nos ministères pour nous confier nous-mêmes à Dieu, notre berger, Ps 23:1 et 3 a : "Cantique de David. L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. Il restaure mon âme." Dieu est capable d'entendre ces choses fortes si elles sont dites avec respect, car il connaît notre condition, il sait que nous ne sommes que poussière. Il ne nous impose pas d'épreuve insurmontables et il nous enseigne ainsi que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. La logique de Dieu n'est pas la nôtre, Dieu est souverain et il veut nous amener à lui faire confiance, à dépendre de lui entièrement et à espérer contre toute espérance.
C) Autres frustrations liées au service.
Paul a souffert l'injustice, dans le monde certes, mais aussi dans l'église, de la part de ceux qu'il aimait :
- Les Corinthiens acceptaient facilement que les faux docteurs abusent de leur générosité, mais ils avaient une attitude soupçonneuse à l'égard de Paul, jusqu'à refuser de prendre en considération ses besoins matériels élémentaires. L'apôtre était obligé de travailler de ses mains ou de demander le soutien des autres églises ! (2Co 11).
- Il confie à Timothée ses souffrances dues à l'abandon de ses proches, 2Ti 4:10 : "Démas m'a abandonné, par amour pour le siècle présent, et il est parti pour Thessalonique ; Crescens est allé en Galatie, Tite en Dalmatie", 2Ti 4:16 : "Dans ma première défense, personne ne m'a assisté, mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit point imputé !"
- Certains ont même agi dans leur propre ministère par jalousie, pour concurrencer Paul et pour lui susciter des tribulations (Ph 1:15-17) supplémentaires, alors que déjà il était en prison.
Ces souffrances sont imposées à tous les serviteurs de Dieu. Paul les surmontent par la grâce de Celui qui l'a appelé et envoyé, c'est pourquoi il est impératif que tout serviteur soit vraiment sûr de son appel. Dieu alors le fortifiera et lui donnera la capacité de supporter les choses injustes.
Il y a aussi un autre point important auquel chacun doit veiller surtout quand il fait l'objet d'un rejet de la part des autres, c'est la nécessité du pardon (qui n'est pas forcément un oubli.) et le refus de toute amertume et de tout ressentiment.
Conclusion
Dieu désire répondre à ces problèmes profonds, souvent enfouis et ignorés ou mal compris, et qui peuvent engendrer toutes sortes de frustrations et de conséquences malheureuses.

