Cher Pasteur,
Une partie importante de notre ministère est, sans conteste, la prédication de l'Évangile. Je veux croire que nous nous y appliquons avec zèle, avec sérieux, étant bien au clair sur la nécessité d'une préparation à la fois intellectuelle et spirituelle. Nous trouvons la récompense de ces efforts dans la conscience d'avoir fidèlement transmis, dans la limite de nos moyens, le message que le Saint-Esprit avait placé sur notre cœur.
Il est bien rare qu'on vienne nous complimenter sur le résultat! Et lorsque cela arrive, notre sens de la modestie nous met mal à l'aise. On raconte qu'après un culte béni, une dame vint trouver le pasteur pour le féliciter d'avoir magnifiquement prêché. Il répondit:
«Merci, mais je le sais déjà, le Diable vient de me le dire!» Que voilà une jolie réaction apparemment très spirituelle, mais qui, à mon sens, dénoterait plutôt un ego bien fragile, tout prêt à s'enorgueillir d'un succès, et qu'il convient de juguler!
Ne peut-on pas plutôt se réjouir de ce que le message a porté ses fruits? Un facteur peut se sentir heureux d'avoir participé à apporter une bonne nouvelle, mais il n'a aucune raison de s'en estimer l'auteur! Cela dit, il faut tout de même admettre qu'en apportant un authentique message venant de Dieu, le prédicateur inclut beaucoup de sa personnalité. Chacun a sa manière de dire les choses, et tout le monde sait que la manière à une grande importance.
Certains aspects du message peuvent être ressentis comme lumineux, enthousiasmants, et ne posent pas de problème particulier au prédicateur. Il n'en est pas de même lorsqu'il faut aborder certains sujets paraissant plus sombres, tels que le péché, la repentance, le pardon des offenses, etc., qui peuvent facilement être présentés de manière légaliste, accablante et négative. Il faut beaucoup d'inspiration du Saint-Esprit, et un peu de doigté de la part du prédicateur pour que le message ressemble au clair-obscur d'un tableau de Rembrandt, dans lequel les zones sombres aident à faire ressortir les hautes lumières!
Il est de toute manière impératif que l'auditeur soit édifié, encouragé, et ne ressorte pas plus accablé que lorsqu'il était entré. J'ai malheureusement été témoin de telles situations dramatiques, et cela me fait penser au compliment quelque peu ambigu qu'un membre d'église aurait fait à son pasteur après un culte:
«Ah, Pasteur, votre sermon a été comme un verre d'eau fraîche à un homme en train de se noyer!»
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